@Gollum
Vous préférez Céline ?
« Allez-vous-en tous ! Allez rejoindre vos
régiments ! Et vivement ! qu’il gueulait.
— Où qu’il est le
régiment, mon commandant ? qu’on demandait nous...
— Il est à Barbagny.
— Où que c’est
Barbagny ?
— C’est par là ! »
Par là, où il montrait, il n’y avait rien
que la nuit, comme partout d’ailleurs, une nuit énorme qui bouffait la route à
deux pas de nous et même qu’il n’en sortait du noir qu’un petit bout de route
grand comme la langue.
Allez donc le chercher son Barbagny dans la
fin d’un monde ! Il aurait fallu qu’on sacrifiât pour le retrouver son Barbagny
au moins un escadron tout entier ! Et encore un escadron de braves ! Et moi qui
n’étais point brave et qui ne voyais pas du tout pourquoi je l’aurais été
brave, j’avais évidemment encore moins envie que personne de retrouver son
Barbagny, dont il nous parlait d’ailleurs lui-même absolument au hasard.
C’était comme si on avait essayé en m’engueulant très fort de me donner l’envie
d’aller me suicider. Ces choses-là on les a ou on ne les a pas.
De toute cette obscurité si épaisse qu’il
vous semblait qu’on ne reverrait plus son bras dès qu’on l’étendait un peu plus
loin que l’épaule, je ne savais qu’une chose, mais cela alors tout à fait
certainement, c’est qu’elle contenait des volontés homicides énormes et sans
nombre.
Cette gueule d’État-major n’avait de cesse
dès le soir revenu de nous expédier au trépas et ça le prenait souvent dès le
coucher du soleil. On luttait un peu avec lui à coups d’inertie, on s’obstinait
à ne pas le comprendre, on s’accrochait au cantonnement pépère tant bien que
mal, tant qu’on pouvait, mais enfin quand on ne voyait plus les arbres, à la
fin, il fallait consentir tout de même à s’en aller mourir un peu ; le dîner du
général était prêt. »
— Voyage au bout de la nuit -