L’Agence autonome
rattachée l’Institut national de la santé et de la recherche médicale
(INSERM), créée le 3 décembre, regroupe les activités de l’Agence
nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS) et du
consortium de recherche en infectiologie REACTing (REsearch and ACTion
targeting emerging infectious diseases).
L’objectif affiché par le gouvernement est de « renforcer la recherche
biomédicale sur les maladies infectieuses émergentes et mieux armer
scientifiquement la réponse publique à l’épidémie de Covid-19 », ont
expliqué les ministres de tutelle (Santé et Recherche) par voie de
communiqué. Son champ d’action couvrira les « maladies infectieuses
émergentes, le sida, les infections sexuellement transmissibles et les
hépatites virales ».
La nomination de Yazdan Yazdanpanah à la tête de cette nouvelle entité
pose question. Et pour cause, le gastro-entérologue a cultivé des liens
étroits avec des laboratoires pharmaceutiques. Il a fait partie des
différents comités et conseils de plusieurs d’entre eux : Johnson &
Johnson, Viiv, Abbvie, MSD, Pfizer, Janssen, BMS, Gilead, etc. Entre
2014 et 2019, il aurait perçu environ 96 000 euros de groupes privés.
En mars 2020, il expliquait à Mediapart avoir cessé ces pratiques :
« Depuis 2017, j’ai arrêté mes liens avec les laboratoires [...] Est-ce
que trois ans et demi ça suffit pour se défaire d’un lien ? Ce sont des
discussions que nous avons dans le cadre de la définition d’un règlement
intérieur. » Le délai de cessation
des liens d’intérêt est l’un des critères pris en compte par la Haute
autorité de santé (HAS) afin de déterminer si certains médecins sont
légitimes pour se saisir de certains sujets. En 2013, la HAS a publié un
« guide de gestion des conflits d’intérêts ». La définition apportée est
la suivante : « Une situation dans laquelle les liens d’intérêts d’une
personne sont susceptibles, par leur nature ou leur intensité, de mettre
en cause son impartialité ou son indépendance. » Le « « déclassement » d’un
lien d’intérêts majeur en autre lien d’intérêts peut se produire quand
le lien d’intérêts a disparu depuis au moins trois ans ». Mais, selon
Marianne, Yazdan Yazdanpanah aurait accepté « huit repas (dont sept payés
par MSD) en 2018 ».
Chose surprenante, la HAS affirme dans son guide accepter une certaine
dose de conflit d’intérêts : « Dans certains cas, les objectifs de
protéger la santé publique » imposent d’« accepter le concours d’un expert
dans une situation de conflit d’intérêts, car il est le seul à pouvoir
fournir une expertise d’une qualité suffisante. »