J’ai lu un truc dans « la Montagne » de ce matin... Le journaliste rapporte les propos de monsieur Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE (C’est un bouzin créé par Raymond Barre et qui est intégré à science-po... Donc pas trop gaucho comme organisme). ce Monsieur Heyer tiens les propos suivants :
Ce taux de chômage à 7,6% fin 2021
contre 8,1% fin 2019, alors même que, chiffres de l’Insee toujours à
l’appui, l’activité était à l’issue du premier semestre de 1,2%
inférieure à ce qu’elle était à la même époque en 2019, a
quelque chose de paradoxal. Cela reviens à dire qu’on emploie plus
pour produire moins. Cette prévision est d’autant plus paradoxale
qu’on estime à 0,8% le gain annuel de productivité soit 1,2% pour
18 mois. Ajouté au 1,2% de baisse d’activité, on arrive à 2,4% de
destructions d’emplois quand l’Insee en promet 0,6% en plus. Dis
autrement, alors que 580000 emplois auraient dû disparaître, 145
000 emplois seraient créés .
Un gain moindre de productivité
pourrait en partie expliquer quelques dizaines de milliers d’emplois
en plus. Mais, dans la mesure où aucune entreprise n’embaucherait
des collaborateurs avec une production négative la limite de
celle-ci est zéro. En ce cas, la baisse d’activité estimée fin
juin à 1,2% aurait coûté 290 000 emplois. Au regard des 145 000 annoncé
par l’Insee, l’écart s’élèverait quand même à 435 000.
Sauf à croire qu’on est entré dans un
nouveau monde où la récession est désormais favorable à l’emploi.
Mais sans doute faut-il considérer cette période comme
transitoire ?
L’économiste échafaude à son tour un
scénario qui mêle trois hypothèses :
La première tient à l’approximation
des observations :
Le chiffre de -1,2% communiqué par
l’Insee est provisoire. Le chiffre définitif de la croissance ne
sera connu que dans deux ans et peut-être sera-t-il révisé à la
hausse. La crise sanitaire a rendu plus difficile la mesure de
l’activité. Mais cet éventuel rehaussement ne suffira pas. Là,
c’est quand même de trois points de croissance qu’il faut trouver.
La deuxième renvoie à la productivité :
La tendance est à la baisse. Les gains
annuels de productivité étaient de l’ordre de 1,5 à 1,6% à la fin
des années 1980 contre 0,8% ces dernières années. Peut-être
avoisinent-ils 0,4% aujourd’hui. Pas de quoi justifier l’écart.
La troisième est liée à la stratégie
des entreprises :
Pendant la crise, il y a eu beaucoup de
main-d’œuvre en rétention. Avec la reprise, des entreprises ont
embauché. Mais, beaucoup, entre rebond annoncé et difficultés à
recruter ont préféré ne pas licencier. Ce double mouvement de
création et de non-destruction d’emplois me paraît l’hypothèse la
plus probable. En juin, 600 000 personnes étaient toujours en
activité partielle.
Et de conclure :
L’horizon des notes de l’Insee est de 6
mois qu’en sera-t-il a plus long terme ?
Soit, la croissance s’amplifie,
l’épargne profitant à la consommation et, cependant, les créations
d’emplois sont quasiment inexistantes du fait de la rétention
préalable de main-d’œuvre.
Soit la croissance est freinée, voir
stoppée en raison des difficultés d’approvisionnement en matières
premières, de l’endettement des entreprises longtemps gelé mais
qu’il faudra recommencer à honorer en 2022, fut-ce après la
présidentielle, et, enfin, de l’endettement public dont la réduction
passera par une hausse d’impôts et/ou une baisse des dépenses
publiques au risque d’un affaiblissement de l’activité. Un
ajustement va fatalement s’opérer .
Autrement-dit, l’Insee et le gouvernement se foutent de notre gueule dans les grandes longueurs. Au final, la crise sera catastrophique pour le prolo moyen en matière d’emploi, de pouvoir d’achat et d’abandon du service public.