@Ausir
Savez-vous ce qu’était un gruyer ?
C’était un officier public, avec une juridiction, chargé à
partir du trizième siècle de s’occuper des forêts domaniales pour le compte
d’un seigneur haut justicier. Il mettait en réserve les domaines boisés artificiellement
et exploités comme des plantations d’asperges (les hagis), contrôlait les
usages coutumiers comme le droit d’affouage et jugeait en première instance les
délits commis dans les forêts et les rivières de sa circonscription ou gruerie,
à commencer par les déprédations ou les « mésusages » paysans. Car
chacun n’allait pas prélever ce qu’il voulait dans la forêt, et les « droits »
se limitaient le plus souvent au ramassage du bois mort, ce qui, en fait, était
profitable au seigneur puisque cela nettoyait les sous-bois. Mais ces
ressources étaient insuffisantes pour les familles modestes, et les paysans retiraient
parfois l’écorce des arbres pour les tuer et ainsi pouvoir récupérer « légalement »
le bois mort. Bien sûr, les gruyers connaissaient cette technique et
pourchassaient les auteurs comme les gardes-chasse pourchassaient les
braconniers.
L’exploitation des forêts ne date pas d’aujourd’hui. Il n’y
a plus aucune forêt primaire sur notre territoire, mais le pire du pire, ce
sont les alignements d’épicéas qui acidifient les sols et les rivières et
désertifient le milieu naturel environnant. Votre nostalgie concerne une
réalité rêvée.
Un
livre instructif, si ça vous intéresse.