Notre idée bien « franchouillarde » de la république est en effet marquée par une double référence :
1) Au Platonisme, d’où la sélection par concours de l’élite républicaine que l’on va former au sens idéal et abstrait du « bien commun » et de « l’intérêt général » quitte ensuite à ce qu’elle conduise les entreprises privées dont le caractère national et républicain est pour le moins problématique. De là aussi la méfiance dans la démocratie dite, avec quelque mépris, de masse et son détournement par une technocratie aristocratique qui s’autolégitime par des procédures électorales largement confisquée par des partis dominés par elle.
2) Au christianisme dans sa version catholique qui fait de l’état laïc centralisé et uniformisé par le droit le succédané de la providence divine par la médiation de son clergé pré-sélectionné chargée de promouvoir à coup de sermons incantatoires la même foi dans ses institutions sacralisées au nom d’une justice transcendante dont il est seul garant. La république de droit divin en quelque sorte. D’où le refus de la diversité confondue avec l’inégalité au nom d’une idée fictive de l’égalité citoyenne abstraite qui, dans les faits, reproduit, voire accroît, les inégalités en les masquant (voir la machine étroitement sélective et de moins en moins « ascenseur social » qu’est l’école).
Cette idée de la république que contredit son fonctionnement réel prétend changer les hommes par en haut sans leur offrir les moyens d’opérer ce changement par eux-mêmes dès lors que l’état leur confisque l’initiative eu nom du refus de confondre l’intérêt particulier avec le l’intérêt général, considéré comme son monopole exclusif.
C’est bien cette vision anti-libérale de la politique qui est aujourd’hui en crise sous la double containte de la perte par l’état-nation de son pouvoir sur l’économie et donc sur la gestion des relations sociales et la revendication permanente à plus d’autonomie de la part d’individus de moins en moins affiliés ou apparentés à des groupes sociaux stables et prévisibles.
Seule une démocratie décentralisée pourrait restaurer le sens chez nos concitoyens d’une solidarité active et équitable. Resterait à penser les termes d’une régulation du capitalisme, problème originaire du libéralisme politique dans sa relation au libéralisme économique.
De la philosophie libérale