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Accueil du site > Actualités > Société > Changer les hommes ?

Changer les hommes ?

Nous avons récemment examiné les étapes pour changer le monde. Reste désormais à analyser comment changer les hommes. Cela est-il possible ? Souhaitable ? Désolé pour ce qui peut paraître un coupage de cheveux en quatre, mais distinguer est la première démarche pour qui veut voir clair. Descartes ne procédait pas autrement. Dans « changer les hommes », il y a « les hommes », et puis « changer ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Poursuivons notre entreprise de déconstruction des « yakas » familiers. Pour changer les hommes en France, au nom des principes, il faudrait faire Tous-pareil pour Tout-le-Monde. Nous verrons les principes plus tard, en nous interrogeant, dans une autre note, sur la pertinence de la partition française droite/gauche.

Couple Tout-le-Monde ? Remarquons en premier lieu que « les hommes », en soi, cela ne veut pas dire grand-chose, sinon une abstraction de la langue. Précisons que le français utilise, pour désigner le genre neutre, l’orthographe au masculin. « Les hommes », cela signifie donc « les hommes et les femmes », nous n’y reviendrons pas mais que cela soit dit. En second, être « homme » est différent, selon qu’on est un bébé à la mamelle, un enfantelet avant l’école, un garçonnet scolarisé, un préadolescent entrant au collège ou un adolescent jusqu’au lycée, puis un étudiant, un jeune adulte entrant dans la vie active, un adulte installé, une personne d’âge mûr, un retraité, un vieillard... Troisièmement, être citoyen français ou non, ce n’est pas indifférent, francophone ou non, ayant effectué des études ou non. En quatrième point, le milieu social importe à l’analyse, tant en termes de position initiale qu’en termes de trajectoire, l’enfermement dans un milieu ou son ouverture donnant une autre tournure d’esprit. Le ghetto mental est aussi une réalité ? La question ne se pose pas que dans les banlieues des « 400 mots ».

Chacun peut le remarquer, l’être humain est loin d’être fini à la naissance. Non qu’il soit une « page blanche », abstraction utopique chère à Rousseau et à ses épigones, qui a fait plus de ravages que de bien dans l’histoire. Elle a justifié toutes les tentatives contraignantes pour imposer un « homme nouveau ». Les États-Unis insistent sur « le gène de ? », l’Europe sur le « milieu ». Aucun n’a tort, mais aucun n’a raison : si la génétique joue son rôle, elle ne le fait que par le terreau qu’elle prépare. Au milieu ambiant et à la société « d’élever » le petit d’homme pour qu’il passe du stade « primaire » à un stade « supérieur » - comme on le dit dans les études. Ce terrain où va pousser l’enfant est celui de la famille, des voisins et amis, de l’école et du quartier, de la télé et de la culture d’époque, des règles sociales et démocratiques du pays où il vit, enfin de l’histoire qui a préparé son époque. Changer l’homme signifie donc tenir compte de l’âge de l’être humain en question, de l’état présent du monde, de la société française d’aujourd’hui avec ses mythes passés, ses moyens présents et son projet historique, du rôle de l’école et de la position culturelle et sociale des familles. Pas d’homme-en-soi, nous venons de voir que « Tout-le-Monde » n’existe pas. Il n’y a, à la base, que des cas particuliers, que l’on peut par commodité réunir en catégories de plus en plus larges. Mais l’effet que nous aurons sur ces catégories deviendra, par leur grandeur même, de plus en plus faible. Nous pouvons « changer » un être singulier, plus difficilement tout un peuple, sans parler de l’humanité en son entier. Dire cela, ce n’est pas enfermer les humains dans des communautés « communautaristes » communautarisantes, comme l’excès pousse complaisamment les Abstraits « républicains » à l’affirmer. C’est dire seulement qu’on ne peut agir que si on s’adapte, qu’on ne peut expliquer, enseigner ou éduquer que si on tient compte de la personne réceptacle. Sinon, point de message, il se perd dans la friche.

Drapeau Faire « Tous-pareil » est-il mieux défendable ? Pour « changer » un tant soit peu les hommes, il est nécessaire certes de tenir compte de leurs caractéristiques, celles que nous venons de voir, mais aussi de les respecter. Non pour les enfoncer dans leur état présent, mais pour les élever vers le mieux qui les rendra plus proches. Le reste est du vent (« yaka ») ou de la tyrannie (« forger un homme nouveau »). Ou bien nous en restons à la pose théâtrale et la bonne conscience à peu de frais (le cas le plus courant), ou bien nous tirons du côté de l’autoritarisme unilatéral, souvent vengeur, car issu du ressentiment (la tentation existe constamment, depuis les « néo-réactionnaires » jusqu’aux « néo-révolutionnaires »). Ces deux maux doivent être dénoncés soit comme vides, soit comme anti-démocratiques. Tous les peuples qui ont tenté l’expérience de la contrainte (Hitler, Staline, Mao, Pol Pot) en sont revenus, après une forte proportion de morts, de vies brisées, de consciences tordues. L’être humain n’est pas fourmi, il ne vit pas en colonies. Il se nourrit de solidarité, certes, mais aussi de liberté.

Reste, hors de ces extrêmes, le patient et sans cesse renouvelé comportement humain qui consiste à expliquer, enseigner, et éduquer. Pourquoi ces trois mots ? Parce que « les hommes » n’existent pas, et qu’à chaque fois que vous voulez convaincre, vous n’aurez en face de vous que des hommes « particuliers », sauf à manipuler les foules mais, là, on sort du cadre humaniste (l’homme en foule a des comportements instinctifs, pavloviens), comme du cadre démocratique à l’occidentale. Ceux qui s’y lancent le font à leurs risques et périls ; ils quittent vite le domaine de la raison et du débat, pour entrer dans le domaine du charisme et de la manipulation. Qu’ils ne cherchent donc aucune justification « rationnelle » à leurs résultats, aucune reconnaissance des citoyens conscients ; ils seront durement et justement critiqués, et c’est bien ainsi, c’est ce qu’exige le fonctionnement d’une société saine.

« Expliquer » est le plus facile, car le plus proche : vous expliquez à ceux qui peuvent vous comprendre, en général autour de votre génération, avec vos références culturelles, une histoire commune, des mots dont le sens est en commun. « Enseigner » est un degré de plus, car vous vous adressez à un public moins en connivence avec ce que vous êtes, soit des enfants, soit des adolescents, soit des adultes qui font autre chose que vous et que vous devez former. Vous devez donc utiliser plus de ressources de la parole et du raisonnement, définir les mots et les concepts -il faut que chacun sache de quoi on parle, pratiquer l’argumentation pas à pas pour être sûr d’être bien compris et de ne pas laisser dans l’ombre une objection. « Éduquer » va plus loin encore, c’est l’affaire d’une génération, depuis le bébé vagissant jusqu’au jeune adulte, avant l’installation en sa propre vie. Affaire de famille et affaire de société, l’éducation a pour objectif d’épanouir un être en devenir afin qu’il soit bien dans son corps, bien dans sa tête, bien en société. Pas facile, affaire de tact, d’écoute, de générosité pour dépasser le « moi-je » et le « je-sais-tout », tous les parents et beaucoup de « maîtres » le savent. Les « maîtres » plus que les « enseignants », en ce qu’ils considèrent la totalité des êtres qu’ils forment, pas leur seul esprit ou leur seule mémoire ; ce sont les maîtres d’école, mais aussi les entraîneurs de foot, les maîtres es-arts martiaux, les Frères enseignant en collèges religieux, hier les chefs scouts, aujourd’hui les chefs de bord de voiliers, etc.

Erroc & Pica, les Professeurs

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« Tous-pareils pour Tout-le-monde » est aussi bien de droite que de gauche, tentation française d’imposer aux autres ce qui est perçu comme « bien » par les hommes au pouvoir, attitude qui nous vient tout droit de l’Église catholique. J’évoque ici non la croyance, infiniment respectable, ni la culture dans laquelle nous avons (presque tous) baigné, mais l’Église en tant qu’institution du siècle, hiérarchique, autoritaire et infaillible, car ce que Dieu a voulu, il l’a dit aux hommes et a nommé Pape son représentant sur la terre. Les « Gaulois », que la vulgate dit anarchistes, se sont courbés sous la férule des « hommes de savoir » que sont les hommes de Dieu, via les Romains, hommes de pouvoir. « Catholique » voulant dire « universel », ils sacrifieront de même aux grands rois qui déclarent « l’État, c’est moi », puis à la Révolution rousseauiste qui fait de la Volonté générale (traduite par la majorité au pouvoir) la tyrannie démocratique. Cet excès politique subsiste toujours dans les mentalités : le député socialiste André Laignel osa déclarer aux opposants de la majorité parlementaire en 1981, « Vous avez juridiquement tort car vous êtes politiquement minoritaire ». Cette célèbre phrase a heureusement été invalidée par les décisions du Conseil constitutionnel intéressant le droit pénal et la procédure pénale, affirmant à maintes reprises que le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif ne peuvent s’affranchir des principes protecteurs de la liberté individuelle reconnus par le "bloc de constitutionnalité". Selon Alain, « la démocratie n’est pas le pouvoir de la majorité, mais le règne du droit ». Ce que ne croyaient pas les communistes, qui se percevaient comme dépositaires des Lois de l’Histoire révélées par Karl Marx (mais revues par les Bismarckiens). Le moyen infaillible pour les faire advenir était de conquérir le pouvoir par n’importe quel moyen (Lénine, Mao). Aujourd’hui encore, « on » laisse aux « intellectuels » (bien silencieux depuis une dizaine d’années) ou à l’État, le souci de nous sortir des problèmes ; « on » leur délègue le soin de penser à notre place. 2005_05_philippe_camus_expdt_eads

Philippe Camus ex-Pdt d’EADS :

Cela démontre surtout l’incapacité française à reconnaître la valeur des différences et le caractère positif de l’altérité (on le voit à propos de l’Europe, de l’immigration, des délocalisations, de l’ouverture économique). « Une Foi, une Loi, un Roi », aimait-on à dire du temps des guerres de religions, puis des Louis. Héritage historique, les Français aiment les castes, les statuts, les clubs de pouvoir, les carnets d’adresses et les Relations. Ils aiment à rester entre soi, et partent peu à l’étranger, sont peu curieux du monde et croient naïvement qu’ailleurs (en Angleterre, en Suisse ?) c’est la sauvagerie, et le chacun pour soi. C’est pourquoi ils sont considérés par les autres peuples comme « arrogants » et donneurs de leçons, que leurs difficultés engendrent une jubilation mauvaise. Or, l’identité n’est pas une essence, elle n’est pas ce qui ne change jamais, mais ce qui caractérise notre manière singulière de changer. Elle est une histoire que le sujet se construit lui-même à partir de ce dont il a hérité, et selon ce qu’il a choisi de poursuivre.

Alors, « Tous-pareil pour Tout-le-Monde » montre son vrai visage : la paresse intellectuelle, la répugnance à sortir de ses ornières confortables. Comment peut-on changer qui que ce soit, avec cet alibi ?


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12 réactions à cet article    


  • (---.---.162.15) 7 décembre 2005 18:48

    J’ai du mal à vous suivre et surtout je vois mal en quoi cela s’ancre dans notre quotidien. Le problème n’est pas de choisir entre (choix n°1) « la même chose pour tous » et « la liberté pour tous », il est de davantage entre (choix n°2) « toujours plus de travail pour ceux en ont déjà » ou « mieux répartir le travail entre tous », notamment en ne laissant par sur la touche les jeunes, les cinquantenaires, les gens à la peau foncée...

    Ce que je crains c’est que vous considériez - sans oser le dire clairement - que les choix n°1 et n°2 soient les mêmes.

    Am.


    • argoul (---.---.18.97) 7 décembre 2005 18:57

      Sauf que le travail ne se décrète pas, il se favorise. Et ce n’est pas en faisant du saupoudrage et du timoré qu’on encourage la création d’emplois. Il s’agit moins de partager la pénurie (ça c’était en URSS) que de favoriser la création d’emplois nouveaux et d’initiatives nouvelles. mais, que vouslez-vous, avec 5 millions de fonctionnaires pour 15 millions d’actifs privés (dont 3 millions au chômage), 42% de la population au travail s’en fout complètement, bien à l’aise derrière son « statut » et ses « protections » dont elle revendique la pérennité sans tenir compte du reste de l’économie (pas de variable indexé sur la croissance pour les syndicats de fonctionnaires). Vous ne « comprenez pas » ? C’est pourtant très simple : il y a les privilégiés - ignares en économie parce que pas concernés, mais de bonne volonté et qui font « yaka » - et tous les autres qui rament pour les nourrir en plus d’eux-mêmes (54% du PIB pour l’Etat en France - nulle part ailleurs autant, sauf à Cuba). Non, Monsieur, on ne doit pas faire « tous pareils » pour « tout le monde » - parce qu’il y a des « plus égaux que les autres ».


      • (---.---.162.15) 8 décembre 2005 00:37

        Argoul décrète que « il y a les privilégiés - ignares en économie parce que pas concernés, mais de bonne volonté et qui font »yaka«  »

        C’est bizarre comme la proportion de ces fainéants est importante chez les jeunes, les cinquantenaires et les peaux brunes...

        C’est bien ce que je craignais, derrière vos discours lénifiants se cachent de sombres amalgames. Merci d’avoir tombé le masque.

        Remarquez que Mr Raffarin est adepte du même discours et admirez comment avec de tels principes il a redressé la France. Mais c’est certainement à cause des fichus fainéants... Vivement Sarkozy, il sera plus expéditif, n’est-ce pas ?


        • argoul (---.---.18.97) 8 décembre 2005 09:18

          Le dernier commentateur aime les étiquettes. Il aime bien ordonner les gens dans de petites cases bien confortables. Son conservatisme ne le gêne pas. Les « cinquantenaires » - j’en fais partie (et au chômage) ; quant aux « peaux brunes » (je vous laisse ce terme pincettes), j’en vois très très peu, vraiment très peu, qui soient fonctionnaires. C’est justement le débat actuel, je crois...


          • argoul (---.---.18.97) 8 décembre 2005 09:53

            Ajout au commentaire précédent : je viens justement de tomber sur un article paru dans Le Monde d’hier, jeudi 8 décembre 2005, dans la page Débats. Alain Rousset, Président (PS) du conseil régional d’Aquitaine et Président de l’Association des régions de France (ARF)écrit notamment : « Commençons par comprendre que l’anachronisme d’un Etat omniprésent est, aujourd’hui, l’une des principales causes de blocage de notre société. »... « Il y a, surtout, un immense travail à accomplir pour convaincre des atouts de la décentralisation. Et, d’abord, tordre le cou à cette idée qu’elle reviendrait à abolir l’égalité républicaine. »... « L’Etat est-il apparu, depuis vingt ans, plus vertueux, plus soucieux de l’argent public que ne le sont les collectivités locales ? Ma conviction est que notre démocratie ne sera pas adulte, que les lignes de notre société ne bougeront pas tant que nous n’assumerons pas la décentralisation. »... « C’est en jetant les bases d’une décentralisation franche, gage d’une démocratie enfin sociale, associative et territoriale, que la France pourra crever l’abcès du jacobinisme. » Je suis sûr que M. Rousset apprécierait d’être assimilé à un Sarkozyste « masqué ». C’est le danger de la lecture « d’émotion » - plaie de notre époque - et de la paranoïa ambiante qui voit un complot« et des »masques" dans toute critique de ce qui existe. Le conservatisme, à cette mesure, a encore de beaux jours devant lui ! Voir d’alilleurs, les désarrois de la gauche dans le Nouvel Observateur de cette semaine : http://www.nouvelobs.com/articles/p2144/a289678.html


            • Sylvain Reboul (---.---.43.221) 8 décembre 2005 09:56

              Notre idée bien « franchouillarde » de la république est en effet marquée par une double référence :

              1) Au Platonisme, d’où la sélection par concours de l’élite républicaine que l’on va former au sens idéal et abstrait du « bien commun » et de « l’intérêt général » quitte ensuite à ce qu’elle conduise les entreprises privées dont le caractère national et républicain est pour le moins problématique. De là aussi la méfiance dans la démocratie dite, avec quelque mépris, de masse et son détournement par une technocratie aristocratique qui s’autolégitime par des procédures électorales largement confisquée par des partis dominés par elle.

              2) Au christianisme dans sa version catholique qui fait de l’état laïc centralisé et uniformisé par le droit le succédané de la providence divine par la médiation de son clergé pré-sélectionné chargée de promouvoir à coup de sermons incantatoires la même foi dans ses institutions sacralisées au nom d’une justice transcendante dont il est seul garant. La république de droit divin en quelque sorte. D’où le refus de la diversité confondue avec l’inégalité au nom d’une idée fictive de l’égalité citoyenne abstraite qui, dans les faits, reproduit, voire accroît, les inégalités en les masquant (voir la machine étroitement sélective et de moins en moins « ascenseur social » qu’est l’école).

              Cette idée de la république que contredit son fonctionnement réel prétend changer les hommes par en haut sans leur offrir les moyens d’opérer ce changement par eux-mêmes dès lors que l’état leur confisque l’initiative eu nom du refus de confondre l’intérêt particulier avec le l’intérêt général, considéré comme son monopole exclusif.

              C’est bien cette vision anti-libérale de la politique qui est aujourd’hui en crise sous la double containte de la perte par l’état-nation de son pouvoir sur l’économie et donc sur la gestion des relations sociales et la revendication permanente à plus d’autonomie de la part d’individus de moins en moins affiliés ou apparentés à des groupes sociaux stables et prévisibles.

              Seule une démocratie décentralisée pourrait restaurer le sens chez nos concitoyens d’une solidarité active et équitable. Resterait à penser les termes d’une régulation du capitalisme, problème originaire du libéralisme politique dans sa relation au libéralisme économique.

              De la philosophie libérale


              • (---.---.162.15) 8 décembre 2005 14:44
                  « quant aux »peaux brunes« (je vous laisse ce terme pincettes), j’en vois très très peu, vraiment très peu, qui soient fonctionnaires. C’est justement le débat actuel, je crois... »

                Vous déviez de ce que vous avez écrit précédemment :

                  il y a les privilégiés - ignares en économie parce que pas concernés, mais de bonne volonté et qui font « yaka » - et tous les autres qui rament pour les nourrir en plus d’eux-mêmes

                Je comprends que pour vous il y a ceux qui bossent qui font tourner le pays et les autres, ceux qui n’ont pas de travail ou en ont mais ne fichent rien. Ces fainéants sont donc les fonctionnaires (y’en a sûrement pas un qui travaille, et on peut sans doute s’en passer...) et les chômeurs, c’est à dire une grande partie des jeunes, des cinquantenaires et des peaux brunes (terme certes approximatif mais moins que les gens de banlieue et chacun comprend).

                Pour vous, ceux qui ne sont pas d’accord font preuve de « conservatisme » et aiment les étiquettes. Voilà qui est promptement expédié, cela sent effectivement la méthode sans nuance de Sarkozy, voyez comme ça arrange les choses, en banlieue ou en Martinique...

                Am.


                • argoul (---.---.18.97) 8 décembre 2005 15:03

                  Qui dévie ? Avez-vous argumenté contre « « Tous-pareil pour Tout-le-Monde » montre son vrai visage : la paresse intellectuelle, la répugnance à sortir de ses ornières confortables. Comment peut-on changer qui que ce soit, avec cet alibi ? » Ce que je reproche à la « mentalité » fonctionnaire c’est son petit confort je-m’en-foutiste dont la crise des banlieues représente l’échec le plus criant. Il s’agit du « système », pas des gens en particulier (sauf s’ils se montrent médiatiquement, ce qu’ils se gardent bien de faire en général, sauf le syndicat FO sur la négociation salariale refusant comme crime de lèse-fonctionnariat une partie variable du salaire indexée sur la croissance générale de l’économie. comme s’ils étaient « hors du monde », clercs de monastère ne rendant compte qu’à Dieu ou je ne sais quoi de ce genre) Mais attaquer sur une phrase, cela vous évite apparemment d’argumenter sur la question elle-même en débat.


                  • Pascalr (---.---.172.85) 9 décembre 2005 10:26

                    Curieusement, l’Homme a une facheuse tendance à accuser le système, le monde, la nature, ..., pour tous les maux qu’il dit subir, alors qu’il en est l’unique responsable. A la base, c’est l’Homme qui fait, et cela il l’oublie un peu vite. Changer le Monde passe par changer l’Homme, c’est évident, mais un chantier titanesque. On touche là au mystère de la Vie, de l’Evolution, au Destin peut-être, à Dieu, ... Au regard de l’Histoire, l’Homme s’est-il déjà posé la question de son changement ? Je ne crois pas. Face aux crises les plus terribles, il a inventé des garde-fous, à, l’exérieur de sa psyché, mais il n’a pas vraiment changé à l’intérieur et en profondeur. Pourquoi ? L’Homme a-t-il vraiment son libre-arbitre, peut-il faire des choix conscients, fait-il partie d’un courant qui le porte et dans lequel il nage frénétiquement et se fatigue ? Je suis thérapeute et je constate que les individus veulent surtout se débarasser de leurs souffrances, mais veulent-ils vraiment changer à leur échelle ? Alors à l’échelle d’une nation, d’un monde, la tâche donne le vertige. Cette question est à la fois fondamentale et vertigineuse.


                    • argoul (---.---.18.97) 9 décembre 2005 11:10

                      Mais oui, il y a des hommes qui veulent se changer eux-mêmes et changer ceux qui les entourent, dans l’histoire : Socrate, Marc-Aurèle, Montaigne, Sartre à ses débuts (j’en passe). Ailleurs, il y a Confucius, Bouddha et tous les moines zens japonais. Je vous renvoie aux liens suivants : http://argoul.blog.lemonde.fr/argoul/2005/11/le_banquet_homm.html http://argoul.blog.lemonde.fr/argoul/2005/10/matre_kong_dit_.html http://argoul.blog.lemonde.fr/argoul/2005/01/japon_dernires_.html

                      Il n’y a pas que l’époque moderne, son narcissisme et son avidité à trouver des boucs émissaires (traits plutôt « français » qu’anglais ou même italien ou espagnol, d’ailleurs en Europe... Encore une exception ? Non, les Etats-Unis d’après le Grand Traumatisme font de même, s’agit-il d’une pathologie des Universalistes ?)


                      • caprif (---.---.51.45) 10 décembre 2005 05:06

                        Une utopie : changer l’homme pour le progrès, un rêve éculé, je nous en croyais débarrassé.

                        Les progrès, il y en a, sont par évidence, globalement ambivalents, j’insiste en bien comme en mal. D’ailleurs qui peut dire que ceux qui diraient le bien au niveau d’une société n’aboutiraient pas aux effets pervers, sanction du volontarisme ?

                        Les hommes de progrès, une addition d’individualités positives sont contrebalancées par une masse réactive d’êtres sans mémoire, sans conscience, sans vision, à l’image de ceux qu’ils élisent dont les parcours évoluent entre opportunisme et démagogie. Ceux-ci feignant de précéder ils suivent devant ils se garderaient bien de réveiller leur troupeau. Observer comme P. Mendes-France l’exceptionnel, confirme la règle.

                        Les générations à chaque succession ne reprennent, et tant bien que mal, que ce qu’elles veulent bien, refusant un enseignement classique de la vertu, dit passéiste, qu’elle accepteront peut-être par la force de l’expérience et par une chance rare. C’est le propre de la jeunesse, son art de vivre dans un monde si instable, repartir à zero, jeter sa gourme, faire fi des philosophes dévalués n’ayant rien prouvé, revivant une constante : l’intemporelle “Nef des Fous”.

                        Réveillez-vous de ce songe et que chacun se change soi-même, seul être sur lequel droit, pouvoir, responsabilité veulent dire quelque chose.


                        • argoul (---.---.18.97) 13 décembre 2005 09:25

                          Je le reconnais, j’ai sans doute mêlé les problèmes dans la présentation de cette note. A la base, je critique le « yaka » changer l’homme - c’est la paille et la poutre. Commençons par nous changer nous-mêmes avant de penser à « changer » les autres. La vertu de l’exemple est forte, de Socrate au Christ en passant par Bouddha (et j’en oublie). Mais il y a très peu de saints ; la raison est de se vouloir lucide et de n’agir que sur son propre cercle, et pour le reste, que vive la société. En second lieu, j’étends ma déconstruction à la franchouillardise d’Etat, les « principes républicains » et toutes ces sortes de choses qui évitent de faire en posant de Grandes Vertus (voir la baffe des banlieues). C’est le « tous pareil pour tout le monde », qui est soit d’une abstraction telle que c’est du vent, de la pure pose médiatique drapée dans les bons sentiments - soit de la contrainte : jacobine, autoritaire, morale, « scientifique » (hier marxiste, aujourd’hui pédago UIFM ou sociologue-qui-Sait) et j’en passe. En démocratie, cela se débat, on ne change pas la société par décret. Les politiciens devraient balayer devant leur porte avant de dire « tu dois » (les affaires, les pots de vin, des passe-droit, les incompétents énarchiques du Crédit Lyonnais et autres). Quant aux intellos, ils n’analysent plus guère depuis Sartre, Aron et Camus ; ils se font petits, dans leur coin, comme s’ils n’en avaient rien à faire (pas de prestige médiatique à en tirer ?). C’est pourquoi le débat citoyen sur blog est utile, intéressant, il nous fera évoluer. Mais je ne vous suis pas quand vous semblez en déduire qu’on ne change personne, jamais. Pourquoi envoyez-vous vos enfants à l’école ? Pourquoi lisez-vous des livres ? Pourquoi débattez-vous sur ce journal en ligne ? Personne ne demande à quiconque de se transformer en Prince charmant, s’il ne l’est déjà ; mais la discussion argumentée est la façon la plus « humaine » de modifier son point de vue - en regardant ailleurs que son nombril. D’une question idiote (j’en suis d’accord avec vous) « changer le monde, changer les hommes » - mais que tant de démagogues utilisent, j’ai voulu creuser un peu. L’enflure de la grenouille est bien ce que les étrangers nous reprochent ; mais ils sont les premiers à lire notre Montaigne, nos Tocqueville, Derrida, Girard et tant d’autres. Lorsqu’un individu a quelque chose à transmettre, il est écouté - et cela même change les perceptions. C’est très concret.

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Argoul

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