Je le reconnais, j’ai sans doute mêlé les problèmes dans la présentation de cette note.
A la base, je critique le « yaka » changer l’homme - c’est la paille et la poutre. Commençons par nous changer nous-mêmes avant de penser à « changer » les autres. La vertu de l’exemple est forte, de Socrate au Christ en passant par Bouddha (et j’en oublie). Mais il y a très peu de saints ; la raison est de se vouloir lucide et de n’agir que sur son propre cercle, et pour le reste, que vive la société.
En second lieu, j’étends ma déconstruction à la franchouillardise d’Etat, les « principes républicains » et toutes ces sortes de choses qui évitent de faire en posant de Grandes Vertus (voir la baffe des banlieues). C’est le « tous pareil pour tout le monde », qui est soit d’une abstraction telle que c’est du vent, de la pure pose médiatique drapée dans les bons sentiments - soit de la contrainte : jacobine, autoritaire, morale, « scientifique » (hier marxiste, aujourd’hui pédago UIFM ou sociologue-qui-Sait) et j’en passe. En démocratie, cela se débat, on ne change pas la société par décret. Les politiciens devraient balayer devant leur porte avant de dire « tu dois » (les affaires, les pots de vin, des passe-droit, les incompétents énarchiques du Crédit Lyonnais et autres). Quant aux intellos, ils n’analysent plus guère depuis Sartre, Aron et Camus ; ils se font petits, dans leur coin, comme s’ils n’en avaient rien à faire (pas de prestige médiatique à en tirer ?). C’est pourquoi le débat citoyen sur blog est utile, intéressant, il nous fera évoluer.
Mais je ne vous suis pas quand vous semblez en déduire qu’on ne change personne, jamais. Pourquoi envoyez-vous vos enfants à l’école ? Pourquoi lisez-vous des livres ? Pourquoi débattez-vous sur ce journal en ligne ? Personne ne demande à quiconque de se transformer en Prince charmant, s’il ne l’est déjà ; mais la discussion argumentée est la façon la plus « humaine » de modifier son point de vue - en regardant ailleurs que son nombril.
D’une question idiote (j’en suis d’accord avec vous) « changer le monde, changer les hommes » - mais que tant de démagogues utilisent, j’ai voulu creuser un peu. L’enflure de la grenouille est bien ce que les étrangers nous reprochent ; mais ils sont les premiers à lire notre Montaigne, nos Tocqueville, Derrida, Girard et tant d’autres. Lorsqu’un individu a quelque chose à transmettre, il est écouté - et cela même change les perceptions. C’est très concret.