Merci à l’auteur pour cet excellent article, bien écrit et instructif grâce, notamment, à des citations excellentes.
Je l’ai apprécié d’autant plus qu’il réalise la marche d’approche
(que j’avais eu la paresse de tenter) jusqu’au point névralgique de la
question que se pose l’honnête homme devant la fresque, à savoir : "que
voit-on ?".
Il se pourrait en effet que cette fresque traduise simplement une
réalité factuelle attestée par les déclarations limpides du principal
intéressé, le marionnettiste Attali, dont nous n’avons aucune raison de
douter ni de la sincérité, ni de la véracité de ses propos, au moins
dans l’intention. D’aucuns, comme Alain Minc, pourraient vouloir
apporter des précisions quant au processus de fabrication de la
marionnette Macron mais cela importe peu pour le moment.
Ce qu’il importe de voir, je crois, c’est comment cette
interprétation tellement rationnelle, tellement logique est balayée par
l’affect suscité par l’assimilation à une certaine iconographie
objectivement antisémite mais qui, contrairement à ce que vous écrivez,
n’est pas un code dans la mesure où rien ne rend nécessaire ici
l’association à une thématique antisémite.
J’en veux pour preuve que le sioniste invétéré le plus célèbre
d’Agoravox, le ci-devant sieur Massada confesse avoir d’abord pensé à
l’affiche du film Le Parrain (qu’il a d’ailleurs mise en lien). Il n’y a
donc pas de « code antisémite » mobilisé par la fresque car, si tel était
le cas, l’interprétation serait alors univoque et s’imposerait. Or, il
faut y insister, ce n’est pas le cas.
Il existe, bien sûr, une possibilité d’évoquer une
ressemblance avec une imagerie antisémite mais a priori, il faut y
insister, rien ne permet de trancher le conflit des interprétations.
Pour écarter une légitime dénonciation de l’emprise du monde de
la finance sur l’actuel président en particulier, les politiciens en
général (cf. l’affiche « relaxée » en justice où, outre Attali,
apparaissaient aussi Patrick Drahi et un rejeton Rothschild) il faudrait
véritablement prouver qu’il s’agit d’une manifestation d’antisémitisme.
Cette preuve a-t-elle été apportée ? Pas le moins du monde. La
référence aux marionnettes politiques qui nous gouvernent n’est pas
l’apanage des antisémites. Les anti-mafieux, ô combien légitimes, ne se
privent d’utiliser cette imagerie comme l’affiche du Parrain le prouve.
Dès lors que reste-t-il ? Le fait qu’il soit de connaissance commune que
Jacques Attali est d’origine juive ? Mais c’est aussi un mâle blanc,
probablement hétérosexuel qui a fait l’ENA et qui a été le conseiller de
maints présidents de la République. Les choses pourraient être
considérées sous ce rapport. Pourquoi porter attention à son origine dès
lors qu’il n’y a pas le plus petit indice pour nous pousser à regarder
dans cette direction, contrairement à toutes les affiches antisémites avec lesquelles ont prétend opérer un rapprochement ? Celle-ci présentent toujours des symboles très explicites qui, à ma connaissance, sont ici complètement absents.
Bref, ce que nous découvrons ici, sur le vif, c’est le processus de
pensée parano qui réactivant des peurs intenses, hallucine l’image
odieuse anticipée, celle de la bête immonde, ce qui permet de couper
court à tout processus rationnel pour se précipiter sur la conclusion
fatale : le ventre de cette dernière serait encore fécond.
C’est avec cette ficelle, un peu grosse pour le coup, que la
démocratie se fait manipuler et que la liberté d’expression se fait
ficeler.
Ce n’est pas acceptable et c’est même dangereux car le risque n’est
pas négligeable de susciter un sentiment d’injustice face à ce qui
pourrait être perçu comme l’exercice d’un pouvoir de pression politique exorbitant. Car la fresque a été effacée sans aucune décision de justice. La question se poserait alors de savoir qui a ce pouvoir là ?
Bref, ceux qui veulent lutter contre l’antisémitisme seraient, je
crois, bienvenus de le faire sur une base rationnelle impeccable plutôt
qu’en jouant à tout va de la grosse ficelle émotionnelle, celle qui
agite les masses mais pourrait aussi, peut-être, les embobiner.