Le pygmalion de la mythologie
Guevara a été Fidel Castro. Il a construit le culte du Che en
utilisant la symbolique chrétienne des douze apôtres de la
révolution, pour gagner les consciences des Cubains, puis des
Latino-Américains imprégnés de la religiosité catholique héritée
des conquistadors espagnols. Le mythe Guevara s’appuie entre autres
sur le fait qu’il est mort jeune, comme le Christ, et la
photo-poster de Korda est une reprise évidente de l’imagerie
saint-sulpicienne construite autour du personnage de Jésus, le
Messie. Et en plus, il était beau et son charisme était indéniable.
Castro a utilisé son aura comme
l’aurait fait un metteur en scène. À la mort du Che, il a fait un
de ces discours dont il avait le secret, place de la Révolution,
pour « canoniser » son camarade. Du coup, Le Che est devenu
un saint. D’ailleurs, trois ans plus tard, dans un autre grand
discours, Castro a brandi un trophée mortuaire comme une relique :
les mains du Che, celui qui avait accepté tous les "sacrifices
pour la révolution, jusqu’à donner sa vie".
Pour l’anecdote, c’est l’ancien
ministre de l’Intérieur bolivien, Antonio Arguedas (connu comme
agent de la CIA) qui avait supervisé les opérations pour capturer
le Che. Il avait gardé les mains du Che dans un coffret spécial et
l’a restitué à Cuba. C’est un certain Victor
Zannier qui a transporté les mains jusqu’à La Havane, dans
une valise diplomatique, en passant par un pays de l’Est.
Les policiers boliviens avaient coupé
les mains du Che pour les amener à un commissariat où on pouvait
procéder à la validation de l’identification par les empreintes
digitales. C’était plus facile de ne transporter que les mains que
de se déplacer avec le corps entier dans la jungle.
« Visiter » le mausolée de
Guevara à Cuba est une expérience édifiante : tout est fait
pour créer une « ambiance » similaire à celle des
sanctuaires des grands pèlerinages religieux (La Mecque, Lourdes, le
Mur des Lamentations, etc.).