Finalement, on était plus en
sécurité à l’époque de la guerre froide !
Il y a un phénomène assez étonnant, pour qui a vécu au
temps de la guerre froide : on vivait mieux avec l’URSS qu’avec Poutine.
Personnellement, quand j’étais gamin, je n’ai jamais
craint un déferlement de chars soviétiques sur Paris, je n’y croyais pas. Il me
semble que ce sentiment était assez partagé en France, renforcé par notre force
de dissuasion sous De Gaulle et, paradoxalement, par un PC fort qui, d’une
certaine façon, nous protégeait d’une invasion soviétique (tradition de
résistance du PC contre l’occupation du pays). Et puis on avait d’autres soucis
avec nos guerres coloniales et les désordres en France qu’elles ont induit (OAS
…).
Plus tard, j’ai interprété la soviétisation des pays de
l’Est par l’URSS et leur mise sous tutelle comme un bouclier de protection
établi par Staline (avec son socialisme dans un seul pays) et gelé sous sa
forme Yalta contre une nouvelle invasion potentielle venue de l’Ouest, après
Napoléon et Hitler (Staline n’avait pas encore la bombe atomique juste après
45, et les USA étaient potentiellement menaçants après Hiroshima et Nagasaki).
On vivait donc pas trop mal un antisoviétisme normalisé,
assez peinard, encore moins menaçant après la visite de Kroutchev à De Gaulle à
Paris en 1960, sa Babouchka et ses filles chez Dior.
Poutine ? C’est le retour de Staline en pire dans
notre imaginaire politique et médiatique. La Russie redevient notre ennemie,
bien pire que l’URSS. Sans doute une part de comédie dans tout ça, un moyen
facile pour le pouvoir de rameuter nos concitoyens autour du projet européen
qui suscite peu d’enthousiasme, cela bien avant la guerre en Ukraine. Mais
surtout, je crois, une Europe se mettant en configuration offensive,
idéologique et militaire (l’OTAN), bien décidée à s’étendre aux dépens de la zone
d’influence russe.
Une inversion des rôles en quelque sorte. Années 50, le
communisme à l’offensive avec de forts appuis en France (toute l’Université est
marxiste).
Années 2000, l’UE à l’offensive avec le mondialisme US et
l’OTAN. L’adversaire (l’ennemi) idéologique et militaire est toujours le
même : la Russie.
Quand on jouait en défense contre l’URSS, on respectait
l’adversaire sans vraiment le craindre. Aujourd’hui à l’offensive avec l’appui
militaire US, on montre les dents, on attaque fort, tous nos médias sont en
surchauffe russophobe, les artistes russes sont proscrits.
La guerre en Ukraine n’est qu’un épisode de l’offensive
UE, il y aura d’autres cibles, l’Arménie, la Géorgie, la Serbie avec toujours
le même adversaire/ennemi : la Russie.
Le rêve gaulliste d’une grande Europe incluant la Russie
s’éloigne à jamais. Deux raisons : tel est l’intérêt des USA d’une part
(une Europe sous tutelle US), et aussi une raison idéologique, l’Occident post
moderne inventant une nouvelle donne techno-biologique/IA hyper capitaliste
(l’humain comme objet d’expérience du capitalisme) très inquiétante et
globalement refusée par l’autre monde attaché aux valeurs traditionnelles, dont
la Russie.