@olivier cabanel
Alors là-dessus, je suis d’accord. Merci à Ettore de son coup de main. J’étais encombré à la lecture de votre texte par vos développements sur une origine extra terrestre des humains.
C’était le travail de Lévi-Strauss avec « La pensée sauvage ». Malheureusement, il a mal choisi l’expression, utilisée pour la singulariser de la nôtre, qu’on qualifie de « civilisée », maintenant de « domestiquée », ce qui n’est pas plus éclairant. Cette pensée n’est pas « sauvage », au sens « aveugle », elle est au contraire construite, mais différemment de la nôtre.
C’est une pensée « adaptative » ou « intégrative » (que je vais choisir maintenant, faute de mieux) alors que la nôtre est « productiv-iste ». La pensée intégrative considère, selon les explications de Strauss, la nature comme un ordonnancement qu’il faut décrypter, pour s’y intégrer et faire existence. La pensée productiv-iste considère que la nature a des ressources à prendre avec lesquelles faire son existence. La difficulté est que le langage peut désigner, par exemple un arbre, aussi bien avec la pensée intégrative que productive, mais qui ne voient pas du tout la même chose : ces deux modes de pensées disent des choses différentes sans le savoir ni la possibilité de comprendre pourquoi (son structuralisme, le signifiant /signifié de Saussure).
Philippe Descola a utilisé les explorations de Lévi-Strauss pour aller plus loin.
Il n’y a pas de nature et culture, ce qui freine notre compréhension de la pensée intégrative (notre dualisme, auto-référencié, comme si on montait dans une armoire pour vouloir la déplacer dans la pièce et qui ne peut être que productiv-iste).
Toutes les créatures vivantes sont des personnes qui interagissent, humaines comme non-humaines. Cela peut aller même jusqu’aux objets « inertes », comme les météores. La pensée productiv-iste a séparé intériorité (notre psychisme, notre âme) et physicalisme : la nature. Or toute créature vivante a son intériorité : ses besoins, sa mémoire, ses pensées, ses actions, ses relations avec la physicalité. La « science académique » a percé - enfin - cela dans le monde végétal, depuis une quinzaine d’années.
Et au lieu de la fracture, dualiste, entre notre intériorité humaine et le monde physique, qui n’est pas une fausse pensée, car tout est aussi fait de pensée, mais absconse, inopérante, il y a des discontinuités depuis une créature vivante : soi, sa famille, son habitus, sa société, les autres sociétés, etc... Le monde est fait de ses discontinuités, ou « sphères » qui se croisent entre les créatures vivantes. Et chaque sphère ayant créé son esprit : que dégage ma famille, ma habitus, mon ensemble d’activités, la planète, la galaxie, etc…
Dans son « Par delà nature et culture », pour ouvrir la pensée dépassant ce dualisme, il propose une comme nouvelle clé, une carte à quatre ontologies : intériorité (psychisme), physicalité, identité (soi et tout ce qui me ressemble qui nourrit mon soi), différenciation.
J’ai toujours considéré comme catastrophe absolue à l’espèce humaine l’extinction des ethnies/cultures que le siècle dernier a fini. Celles qui restent, encore vivantes et animées ne sont que résiduelles. Avec la mono-pensée humaine productiv-iste, comme vous le dites dans l’article, non seulement on va droit au mur, mais on a perdu sans le savoir la diversité des façons de pensées, cette biodiversité nécessaire à la permanence de l’espèce humaine.