Pour mémoire Ségolène Royale qui n’a pas que des qualités à
su être à la hauteur sur ce type de sujet. En arrière-fond reste le problème de
la volonté politique des dirigeants élus et/ou nommés, du courage et du sens
moral (et de l’habileté) du
fonctionnaire) et de celle des hiérarchies. Pour le fonctionnaire l’habileté
consiste à informer en même temps ses collègues, sa hiérarchie de proximité et
celle de tutelle. Il agit dans le sens du droit et personne ne se sent
contourné et chacun est invité à exercer sa responsabilité professionnelle et
morale.
https://blogs.mediapart.fr/claude-lelievre/blog/190225/segolene-royal-historiquement-raison-contre-francois-bayrou
« Une
circulaire ministérielle prise à l’initiative et sous l’autorité de Ségolène
Royal datée du 26 août 1997 concernant l’ « instruction des violences
sexuelles » est bien parue au Bulletin Officiel le 4 septembre 1997.
Son
préambule met l’accent sur la prise en compte de la parole de l’enfant : « la parole de l’enfant qui a trop
longtemps été étouffée doit être entendue et écoutée ; et sa souffrance
prise en compte, car c’est à partir de la sanction du crime ou du délit que
peut s’opérer pour la victime un lent travail de reconstruction ».
Le chapitre
sur le signalement lorsqu’il y a « connaissance
directe des faits » est particulièrement incisif. Il est rappelé
que tout manquement à cette obligation légale expose le fonctionnaire « à être poursuivi en justice pour non
empêchement de crime, non-dénonciation de mauvais traitements, omission de
porter secours ou non-assistance à personne en péril, selon les cas »
et « à faire l’objet de
poursuites disciplinaires ».
Et le texte
ajoute, pour que nul n’ignore le changement d’attitude prescrit : « concrètement, chacun doit comprendre
que les mutations destinées à étouffer les affaires ou à faire taire les
familles constituent des délits sévèrement réprimés par la loi ».
En juillet
1998, un rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale souligne que
les « mutations volontaires ou
fortement conseillées » qui avaient pu dans le passé régler des
rumeurs ou accusations plus ou moins formelles de pédophilie à l’Ecole n’ont
plus droit de cité et que les différents échelons de la hiérarchie de
l’Education nationale ont désormais rompu avec la « culture de l’étouffement ».
La
‘’circulaire Royal’’, en son chapitre IV, recommande « une nécessaire » concertation entre l’Education
nationale et la Justice en soulignant que « l’interlocuteur naturel » des autorités académiques
est le Procureur de la République dont « la
qualité des informations permettra d’adopter les mesures conservatoires
les plus appropriées ». Il appert que le dossier de l’administration
sera désormais essentiellement constitué des informations qui lui seront
données par le Procureur de la République.
La
‘’circulaire Royal’’ est intervenue dans contexte historique où la question de
la pédophilie avait pris de l’ampleur. D’abord en raison de l’affaire Dutroux,
en Belgique, qui a agi comme un révélateur et un détonateur : des
adolescentes ont été séquestrées, violées et assassinées ; et des
dysfonctionnements policiers ou judiciaires soulèvent le soupçon de négligences
voire de tentatives d’étouffement.
De l’été
1996 à l’été 1997, l’émotion et l’inquiétude se déplacent de Belgique en France. Plusieurs
faits divers y contribuent : l’incarcération d’un ancien instituteur de la
Nièvre, Jacky Kaisermertz ; le procès des 72 prévenus du réseau Toro Bravo
devant le tribunal correctionnel de Paris ; l’opération « Ado
71 », qui débouche sur la mise en examen de 323 personnes et le suicide de
cinq ‘’suspects’’.