Nous avons tendance à nous étonner des prouesses du téléphone, nous laissant imaginer que nos ancêtres ne communiquaient pas entre eux, ou mal. Quel progrès incontestable, disons-nous ! N’est-ce pas ? Pourtant, à y regarder de plus près, cela n’est pas du tout évident. Car ce que l’on n’imagine pas c’est que cette capacité, sinon ce moyen spécifique, de communication a toujours existé entre les hommes, et que notre pouvoir de communication en réalité n’a fait que s’obscurcir et se matérialiser au cours des âges. Ainsi nous appelons « progrès » ce qui n’est qu’amplification des moyens (matériels) nécessaires à compenser la dégradation de notre situation ontologique. Autrefois, la simple venue dans la ville d’un étranger, le simple retour du fils prodigue ou du mari d’un long périple, se répandait comme une traînée de poudre, avant même qu’il y soit rendu. De nos jours, nous appelons ce phénomène communément (et souvent de manière péjorative) le « téléphone arabe », parce que nous rattachons ce moyen moderne à une civilisation encore susceptible d’accéder en son Cœur, à cette autre dimension, qui en vérité consiste en une plus grande simultanéité, due à sa plus grande proximité du Principe divin. Cependant, la tentation exercée sur les musulmans par la science et les prouesses technologiques d’un « Occident mentalitaire » s’exerce même là où l’on s’y attendrait le moins. Tout se passe comme si la société Islamique s’était engagée sur la voie qui progressivement la mènera à une situation comparable à celle qui caractérisa hier la société chrétienne lorsque la « chrétienté » abjura de fait sa propre tradition pour le « plat de lentilles » de l’humanisme, de l’individualisme, entraînant un changement radical dans ses préoccupations et ses finalités.
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