L’article
fait un assez bon résumé de ce qu’est la baisse tendancielle du taux de profit,
par contre il passe complètement à côté de ce qu’est la notion de plus-value,
ce qui fausse complètement l’analyse des conséquences et les conclusions que l’on
peut en tirer. Ce qui est donc d’autant plus étrange et inquiétant que l’auteur
se réclame précisément du marxisme, et donc supposément du concept de
plus-value tel que défini par Marx !
Selon Marx la plus-value est
simplement la différence entre la valeur d’échange de la force de travail,
définie contractuellement à l’embauche par le salaire, prix pour lequel l’ouvrier
vend sa force de travail, et la valeur d’usage de cette force de travail, au
cours du processus productif.
Le
résultat de la force de travail totale investie dans le processus, c’est ce que
l’on appelle, d’un point de vue économique, que l’on soit marxiste ou non, la
valeur ajoutée par le travail au cours du processus. C’est donc aussi, en
termes plus spécifiquement marxistes, la valeur d’usage de la force de travail
employée pour la durée contractuelle définie à l’embauche, et qui est consommée
dans le processus pour cette même durée.
Si
la valeur d’usage ajoutée par la force de travail au cours du processus de
production est supérieure à sa valeur d’échange (salaire), il y a donc
production d’une plus-value, qui est une partie, mais une partie seulement, de
la valeur ajoutée par la force de travail.
C’est
donc la partie qui forme le profit nécessaire à l’élargissement du capital
investi.
Comme
le salaire est la partie de la valeur ajoutée définie contractuellement comme
valeur d’échange revenant à l’ouvrier, la plus-value est la partie de la valeur
ajoutée revenant tout aussi contractuellement au capitaliste employeur, et dans
le but de laquelle il a investi au départ.
Et donc parler de « partage de la
plus-value », comme le fait l’auteur de l’article, n’a absolument aucun
sens, et surtout d’un point de vue marxiste !
La plus-value, par définition, et pas
seulement chez Marx, est la partie de la valeur ajoutée qui permet
spécifiquement l’élargissement du capital est n’est donc précisément pas « partagée »,
sans quoi elle perd évidemment le qualificatif de « plus-value »,
chez Marx comme ailleurs !
On en arrive donc à supposer que l’auteur,
suivant la littérature économique systémique, en est arrivé à confondre
complètement la notion de « plus-value » avec celle de « valeur ajoutée »,
confondant ainsi la partie et le tout, ce qui aboutit à cette aberration
complète de « partage de la plus-value » !!!
Avec la baisse tendancielle du taux de
profit, la réduction de la plus-value est d’abord et avant tout le résultat de
l’évolution technologique des forces productives, qui de toute façon, réduit la
quantité de main d’œuvre productive nécessaire à la production, et donc la quantité
de plus-value extractible en conséquence. Et donc même la surexploitation bien
réelle de la main d’œuvre « résiduelle » ne peut aucunement expliquer
« que
les profits financiers ont explosé (aux États-Unis, la finance représentant
40 % des profits contre 10 % en 1980). Ces chiffres traduisent un
transfert massif de richesse des travailleurs vers les capitalistes, »
Les superprofits financiers ne peuvent
donc pas essentiellement venir d’une surexploitation d’une main d’œuvre en voie
de réduction constante, ce qui serait le paradoxe de faire plus de profit avec
moins de plus-value.
Alors que l’auteur parle pourtant précisément
de « fuite vers la finance », dans un précédent article, il devrait
donc logiquement relier les deux approches pour constater que le stade de « rentabilité »
du capital productif est déjà dépassé depuis longtemps et que la classe
dominante est déjà, pour l’essentiel et surtout, pour sa fraction précisément
la plus « dominante » parmi les dominants, passée à autre chose et à
déjà repensé son système de domination de classe en fonction de ces réalités à
travers le processus de banco-centralisation des dettes publiques et privées
comme nouveau moyen de contrôle des forces productives et des forces sociales
en générale.
Ce qui reste du capitalisme « classique »
n’est déjà plus que le dernier vestige d’une époque révolue.
A l’empire romain succède le « haut
moyen-âge » que les anglo-saxons ont fort justement baptisé « dark
age », au capitalisme succède le banco-centralisme, qui est un nouveau « dark
age », ou « âge sombre », obscurantiste, donc… L’ « aube
du socialisme » a malheureusement « pâlit » depuis bien
longtemps et complètement raté son entrée dans l’histoire.
Pour une hypothétique « Renaissance »,
une autre page reste à écrire, s’il en est, ce qui n’est pas certain, avec de
telles confusions que l’on trouve jusque sur AgoraVox !
Luniterre