Cette guerre lamentable, pour la Russie et l’Ukraine a vu ses conditions de possibilité d’abord, puis d’inévitabilité ensuite, apparaître il y a déjà un bon moment. Poutine, l’européen, qui voyait au début des années 2000 son pays créant des liens privilégiés avec l’U.E. (le souhait de la direction russe durant de nombreuses années) et un partenariat avec l’OTAN pour assurer la sécurité sur le continent européen, s’est vu fermer gentiment d’abord, puis de façon arrogante (à la réunion de l’OTAN à Bucarest en 2008) la porte.
Clairement l’adhésion à l’espace européen implique le renoncement à la souveraineté et ne pas faire de l’ombre au « petit chef local » (Allemagne bien sûr), raison pour laquelle l’Ukraine aussi peu démocratique que la Russie y a une place naturelle et l’adhésion à l’OTAN implique de ne pas faire de l’ombre au seul décideur à savoir les USA.
L’Allemagne post 1945 qui avait occasionné des dizaines de millions de morts a été reconstruite et intégrée dans un groupe qui est devenue l’U.E., l’URSS a choisi de s’auto-dissoudre et on lui a fait payer chèrement le seul fait d’avoir existé durant des décennies.
Le pari a été fait en 2008 d’imposer la future adhésion de l’Ukraine à l’OTAN car la diplomatie européenne s’est convaincue dans l’entre-soi que les russes avaient accepté auparavant d’autres adhésions (malgré leur condamnation de celles-ci et le rappel de la promesse donnée à Gorbatchev de non extension). Poutine a pourtant été clair en 2008, disant en substance que « trop c’est trop ».
Le coup d’Etat de 2014 visait le choix du peuple ukrainien d’un dirigeant partisan de la neutralité et bien sûr nous savons que les accords de Minsk n’étaient qu’un trompe l’œil pour gagner du temps et mettre la Russie devant le fait accompli que l’Ukraine militarisée et formée était désormais en mesure de faire le grand ménage dans l’est de son territoire.
Mearsheimer et Sachs ont quasiment tout dit sur le sujet. L’occident s’est mis le dos au mur car une défaite aux conditions russes serait un camouflet insupportable. A noter qu’une Ukraine amputée seulement de la Crimée (qui n’a été ukrainienne que par une décision administrative du temps de l’ex URSS et qui a manifesté son tropisme russe dans de multiples occasions) était inconcevable pour un occident qui a tout les droits et les autres aucun.
Ce schéma mental est aussi visible d’ailleurs en Palestine ou les israéliens ont le droit de défendre leurs conquêtes territoriales et les palestiniens aucun.
C’est uniquement la volonté d’avoir le dernier mot qui anime le camp occidental, quitte à tous nous faire crever financièrement ou physiquement.
La Russie voulait se rapprocher de l’U.E. et des USA, ne voulait surtout pas d’un conflit avec un pays qui fait partie de l’histoire de la formation de la Russie, ne voulait surtout pas se mettre « à la merci » d’un partenaire bien plus puissant économiquement qu’elle (la Chine bien sûr).
Ils ont perdu sur tous les fronts, mais désormais le karma nous rattrape et c’est nous qui allons subir, après la perte d’un marché et d’un fournisseur énergétique crucial, un continent sous tension qui s’arme à crédit quitte à en crever pour rien…
On est bien plus proche d’un affrontement nucléaire qu’en 1962, car en 1962, il y avait malentendu, alors qu’il n’y en a aucun en 2025.