Votre seconde famille concerne
l’autoritarisme : fraudes électorales, répression des opposants,
attachement au pouvoir. Vous arguez que Poutine est plébiscité
(près de 90 % aux dernières élections) et que les assesseurs des
partis d’opposition garantiraient l’intégrité du scrutin.
Pourtant, des rapports internationaux (OSCE, 2024) pointent des
irrégularités systématiques : bourrage d’urnes, pressions sur
les électeurs et marginalisation des candidats indépendants. Quant
aux opposants, Alexeï Navalny, empoisonné puis emprisonné jusqu’à
sa mort, ou Vladimir Kara-Murza, condamné à 25 ans pour « trahison
», ne sont pas des cas isolés. Les envoyer « en Sibérie » n’est
pas une hyperbole, mais une réalité pour des milliers de
dissidents. Cette répression s’étend aux minorités : depuis
2017, les Témoins de Jéhovah sont classés « extrémistes »,
entraînant plus de 400 arrestations, des raids et des peines de
prison pour un simple culte pacifique. De même, la communauté
LGBTQ+ subit une escalade : la loi de 2013 sur la « propagande gay »
(étendue en 2022 à tous les âges), le bannissement des soins
transgenres en 2023, et la déclaration du « mouvement LGBT » comme
« extrémiste » en 2023 ont mené à des raids sur clubs et saunas,
et des peines de 6 à 10 ans pour soutien aux droits LGBTQ+. Ces
mesures, justifiées par des « valeurs traditionnelles »,
perpétuent un climat de peur. Votre image d’un Poutine « héros
national » plébiscité ignore ce climat de peur, où même le Parti
communiste, que vous mentionnez, peine à exister face au rouleau
compresseur de Russie unie.
À propos des homosexuels, il
est particulièrement révélateur d’aborder l’inaction de
Poutine face aux camps de concentration en Tchétchénie, orchestrés
par son allié islamiste Ramzan Kadyrov. En 2017, le journal
indépendant Novaya Gazeta a révélé une purge massive : plus de
100 homosexuels arrêtés, torturés et tués dans des camps secrets
à Argoun et ailleurs, avec des méthodes incluant électrocutions et
exécutions extrajudiciaires. Kadyrov, fervent loyaliste de Poutine,
a nié l’existence même des homosexuels en Tchétchénie (« Ils
n’existent pas »), et ses forces ont forcé les familles à «
nettoyer » le problème en tuant les victimes. Bien que Poutine ait
ordonné une enquête en avril 2017, elle s’est soldée par un
blanc-seing : aucune sanction, aucune poursuite contre Kadyrov, qui
continue de régner en maître absolu avec le soutien financier et
politique de Moscou. Des ONG comme Amnesty International et Human
Rights Watch ont documenté des centaines de cas, y compris en 2019,
mais l’inaction du Kremlin – malgré des pressions
internationales d’Angela Merkel ou d’Emmanuel Macron – montre
une tolérance tacite pour ces atrocités, tant que Kadyrov maintient
la stabilité en Tchétchénie et fournit des troupes pour les
guerres russes. Cela illustre un régime où les alliances priment
sur les droits humains, au détriment des minorités.