Sur le système favorisant la
loyauté sur le talent, vous citez Michel Eltchaninoff, qui note que
Poutine n’est pas un intellectuel bâtissant une doctrine. Je vous
rejoins : Poutine n’a pas l’étoffe d’un idéologue, mais il a
construit un régime où la fidélité prime. Sergueï Lavrov, que
vous louez, est un diplomate habile, mais son talent sert une
rhétorique justifiant l’agression et la répression. En France, un
maire peut démissionner face à une fronde budgétaire, comme vous
le notez, mais en Russie, les gouverneurs ou ministres dissidents
sont écartés, voire emprisonnés. Ce système étouffe
l’innovation, comme en témoigne la fuite des cerveaux russes. Il
s’illustre aussi dans les conflits régionaux, comme la guerre avec
la Géorgie en 2008, où la Russie a envahi pour soutenir les
séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, causant 215 morts
géorgiens et 162 ossètes, avec des pillages et un exode de près de
200 000 personnes. Poutine,a orchestré cette intervention,
renforçant son image de protecteur sans égard pour les civils.
Enfin,
l’invasion de l’Ukraine, que vous attribuez à Poutine tout en la
contextualisant par la reconnaissance des républiques du Donbass et
une analogie avec l’inaction soviétique face à Hitler. Cette
comparaison est audacieuse, mais problématique : l’invasion de
2022, illégale au regard du droit international (résolution ONU
A/RES/ES-11/1), a causé des dizaines de milliers de morts et des
destructions massives, sans justification crédible. La « célérité
» de Poutine n’était pas une réponse à une menace imminente,
mais une tentative de restaurer une sphère d’influence impériale,
au prix du sang ukrainien et russe. Comparer cela aux 27 millions de
morts de la Seconde Guerre mondiale est historiquement discutable et
minimise la responsabilité d’un dirigeant qui a choisi la guerre.