2/2.LA DETTE
A ENRICHI LA FRANCE.
Je veux à présent interroger la dette d’une autre façon. J’ai été élu municipal
et départemental. Je sais donc comment, dans les budgets des collectivités, il
y a obligation de financer le fonctionnement sans créer de déficit. Seul
l’investissement peut donner lieu à de l’emprunt. D’aucuns sous-entendent que
la dette de l’État serait le résultat des coûts de fonctionnement de l’État
lui-même. Vieux mythe de « l’État parasitaire ». Déjà, cette thèse est très
idéologique. Car tout ce que l’État verse en salaires repart immédiatement, à
la fois dans la production par la consommation des salariés et dans ses propres
caisses de l’État, sous forme d’impôt sur le revenu ou de TVA. Vérité simple :
le salaire est à l’origine de la consommation populaire. Et cette consommation
populaire, en général, représente un formidable propulseur économique : 53 % du
total du montant de la croissance annuelle de l’économie.
Une fois tout cela établi, on peut néanmoins se poser la question. À
quoi a servi la dette ? Je devine la réponse : à l’augmentation des biens
communs. Pour le prouver, je me suis demandé ce que représenterait le total
cumulé des investissements faits par l’État par rapport au montant total de la
dette cumulée pendant la même période ? C’est une autre manière de demander si
la dette a été utile à tous ou seulement destinée au financement du
fonctionnement de l’État lui-même. Choisissons la durée de vingt ans en arrière
pour faire ce calcul, même si la dette est plus ancienne. Commençons par
rappeler une autre évidence : l’investissement public, ce sont les
infrastructures que l’État a financées : trains, routes, hôpitaux, satellites,
et bien d’autres aussi où il est co-financeur avec des régions ou avec des
communes. Cette dépense augmente le patrimoine collectif : on crée un bien
utilisable pendant plusieurs années, parfois plusieurs décennies. Cette
dette-là enrichit donc l’État par ce qu’elle permet de réaliser et améliore la
vie des gens par son fonctionnement. D’ailleurs, les économistes distinguent la
« bonne dette » (finançant un bien concret, collectif, utile et durable) de la
« mauvaise dette » (finançant uniquement la consommation courante ou les
intérêts à payer).
Le montant de ces dépenses en investissement est identifiable et
disponible. Dans les comptes publics, elles s’appellent « formation brute de
capital fixe des administrations publiques » (FBCF). Dès lors, on peut aussi
identifier toutes les étapes de la formation de la « bonne dette » en analysant
les dépenses des différents ministères. Car elles sont enregistrées et
identifiées au fur et à mesure. Donc, si l’origine du déficit n’est pas fléchée
dans le budget, à la fin, la dépense l’est forcément : l’argent a bien été
dépensé et l’on sait pour qui et pourquoi…
Revenons donc à présent au calcul à faire pour savoir quelle part la
dette a prise dans le financement des équipements publics du pays. Pour le
faire, un calcul simple suffit. Il faut d’abord trouver le montant
supplémentaire de la dette du pays depuis vingt ans, puisque c’est la durée choisie
ici. Puis totaliser les dépenses en investissements par les administrations
publiques et l’État (FBCF). Enfin, calculer la proportion de l’une par rapport
à l’autre.
Le résultat est impressionnant. Car on constate alors que 90 % du
montant de la dette publique accumulée équivalent (donc correspondent) à des
financements d’investissements publics.
On peut alors poser des questions simples à François Bayrou : quel
investissement le Premier ministre regrette-t-il ? Quelle route, quelle voie
ferrée, quel train, quel barrage, quelle station d’épuration aurait-il refusé à
l’époque où ils furent financés ? Autre demande faite aux pourfendeurs de
l’État : qui, d’autre que lui, aurait pu réaliser ces dépenses nécessaires à la
société ? Et demandons aussi si les actionnaires des entreprises concernées
regrettent les profits que les dépenses de ce client leur ont permis !
Cette lecture de la dette dément donc la dramatisation. Elle montre
surtout que la France s’est aussi enrichie en formant un capital public fixe
correspondant aux neuf dixièmes de sa dette. Quand on entend la formule disant
que l’État lègue « 50 000 euros de dette à chaque Français », on peut retourner
la phrase et dire : « l’État donne à chaque Français un patrimoine de 50 000
euros ».
La conclusion est que la France est saine financièrement dans la durée.
Et que le recours aux marchés financiers est un racket du peuple.
LA MACRONIE
ORGANISE LA CRISE FINANCIÈRE. Tout se passe comme si le numéro de catastrophisme de Bayrou et de ses
répondeurs automatiques n’a pas pour but d’épargner un désastre, mais de le
provoquer. De fait, quand des discours de cette nature émanent du gouvernement
lui-même, il va de soi que les marchés peuvent en effet s’inquiéter, et les
taux d’intérêt augmenter comme effet de leur panique. Le but du soi-disant
diagnostic de Bayrou espère donc créer une pression de panique dans l’opinion
pour lui faire accepter de nouvelles confiscations de ses acquis sociaux. Et
cela sous l’égide d’un gouvernement « d’union nationale » formé au nom du «
salut commun », de la « stabilité » et autres boniments.
Évidemment, les insoumis n’ont rien à voir avec cette tambouille
politicienne. Ni aujourd’hui, ni demain. On retrouvera le cortège des « sérieux
et responsables » qui diront, la tête penchée et l’air important : « voyons
d’abord ce que le nouveau gouvernement fait avant de juger ». Comme s’il y
avait un mystère ! Ce genre d’épisodes calamiteux va se succéder dans un
enthousiasme médiatique prévisible. On connaît cette musique ! Évidemment, il
pleuvra des outrages contre LFI, mais cela ne change guère de ce que nous
vivons habituellement.
SEULE LA
PRÉSIDENTIELLE PEUT RÉGLER LA CRISE. Le fond de l’affaire, si la « grande coalition » à l’allemande se
fait, est grave. Cela signifie qu’il n’y aura aucun changement de politique
économique. Il n’y aura même pas de discussion sur ce sujet devenu question
centrale selon le Premier ministre. Car si l’on en croit le Premier ministre,
dorénavant le PS et le RN ont confirmé à Bayrou leur accord sur son diagnostic
dramatique. D’ailleurs, le plan du PS ne correspond à rien d’autre qu’une
simple révision comptable, à la baisse, des coupes budgétaires prévues dans le
plan Bayrou.
Dans ces conditions, une dissolution de l’Assemblée ne correspond pas à
la question politique posée. S’agit-il de choisir entre les candidats Premiers
ministres ou entre des politiques globales opposées ? Bien sûr, si la
dissolution a lieu, nous y participerons avec le but de la gagner, avec
l’espoir (sans garantie) que Macron respecte le résultat. Mais nous pensons
qu’une dissolution ne permettra pas de tourner la page du chaos créé par Macron
avec cette dissolution dont il a refusé le résultat. Elle ne produira pas une
nouvelle légitimité politique reconnue par tous. Car la macronie a été battue
déjà en 2022, puis en 2024 aux européennes et aux législatives, sans que cela
ne change rien dans les choix politiques du président et des gouvernements
qu’il nomme".