2/2.Lorsque l’on remonte jusqu’à l’Ancien
régime, la part du patrimoine détenue par les 1 % les plus riches est
toujours restée très élevée. Mais elle a décliné depuis le début du
XXe siècle pour connaître un point bas en 1984, à un peu moins
de 16 % du patrimoine total.
Depuis, les plus aisés ont,
continûment, concentré une part croissante des fortunes nationales
pour en posséder à eux seuls plus du quart aujourd’hui. Dans le même temps,
celle détenue par la moitié des Français et des Françaises les moins fortunés
n’a cessé de diminuer pour atteindre moins de 5 % du total aujourd’hui.
Passons ensuite à la progression du
patrimoine des ultra-riches, celles et ceux qui constituent les 500 plus
grosses fortunes du pays. La lecture des enquêtes régulières du magazine
Challenges permet de
s’en faire une idée assez précise. Entre 2000 et 2010,
il a été multiplié par 1,3. Depuis, il a été multiplié par
5.
Aujourd’hui, pour entrer dans le
classement, il faut disposer d’un patrimoine au moins égal à 245 millions
d’euros quand, selon les données de l’Insee, le patrimoine brut moyen se
situe aux alentours de 300 000 euros… Bienvenue chez la famille
Hermès (163,4 milliards d’euros de patrimoine en juillet dernier), chez
Bernard Arnault et les siens (116,7 milliards) et chez les héritiers
Wertheimer (Chanel, 95 milliards) pour s’en tenir au trio de tête. Un
autre monde.
Tout cela justifie le débat politique
actuel très vif autour de la taxe Zucman. Ses opposants font valoir que, s’ils
sont taxés, les très riches partiront du fait de la spoliation inacceptable de
leur fortune. Une note récente du Conseil d’analyse économique montre en
fait que cette catégorie de contribuables est très peu mobile.
Tempérer
les inégalités, sans les effacer.
Surtout,
il est possible de mesurer l’effet que pourrait avoir la taxe, par exemple en
prenant la valeur du patrimoine des 500 plus grandes fortunes, ramenées au
PIB, puis en regardant où elle se serait située si leurs propriétaires avaient
dû payer la taxe Zucman tout au long des trente dernières années.
On obtient alors deux résultats
intéressants. D’une part, les fortunes continuent à progresser et il faut une
quinzaine d’années avant que l’effet cumulé de la taxe finisse par modérer
cette croissance. D’autre part, l’écart de richesse s’avère ensuite plus
important avec et sans la taxe, mais cette dernière n’empêche pas les
fortunes de poursuivre leur évolution plus vite que le PIB. La taxe Zucman
tempère, à long terme, les inégalités. Elle ne les efface pas.
Enfin, un dernier
point mérite attention. Le débat autour de la proposition Zucman porte en
partie sur l’inclusion ou pas des biens professionnels dans
l’assiette. Les détracteurs de la taxe répètent que les propriétaires de
start-up valorisées à plus de 100 millions d’euros – le
seuil au-delà duquel la taxe est perçue – seraient incapables de la payer,
faute d’avoir réalisé des bénéfices. Cela concerne en réalité une poignée de
cas particuliers qui pourraient être traités à part.
Le problème n’est pas là. En
revanche, sortir les « biens professionnels » (les holdings financiers en fait) de
l’assiette des ultra-riches reviendrait à vider la mesure de sa
substance. Les données de l’Insee soulignent combien l’inclusion
des biens professionnels est nécessaire tant ils sont concentrés en
France entre très peu de mains : les 1 % les plus riches en
détiennent à eux seuls les deux tiers. Peu d’entre eux seraient touchés, car la
taxe envisagée ne concerne que les 0,1 % les plus fortunés.
En résumé, la taxe Zucman ne
représente pas qu’une recette budgétaire. Elle est aussi l’un des instruments
qui permettrait à l’ensemble de la population française de faire société.