@l’auteur
Merci pour cet article qui revient sur ce que fut l’arrivée au pouvoir de Poutine. Examiner les faits nous amène à remettre en question la théorie du miracle de Poutine. Ces partisans se plaisent à répéter qu’avant lui, c’était le chaos avec les années noires et que grâce à lui un miracle se serait produit. Une économie qui s’était éteinte se serait remise en marche...
En fait, la guerre de Tchétchénie fut, en effet, un point essentiel de son regain de popularité.
Je voudrais ajouter quelques mots sur cette période de la sortie des années noires pour rejeter les thèses poutiniennes.
Les « années noires » qui suivent la chute de l’URSS (de 1991 à 2000)
ont été assurément des années d’incertitude. Elles ont été vécues
péniblement par la grande masse de la population moscovite. J’insiste sur ce terme : moscovite. Je désigne ainsi les russes de la Russie traditionnelle, c’est-à-dire celle de la région de Moscou. La grande masse de la population de l’empire colonial russe appelé aujourd’hui la « Fédération de Russie » n’était pas concernée par ce phénomène des « années noires ».
À ce moment, la solution d’un retour à la situation
antérieure (Staline/Khrouchtchev/Brejnev) semblait pour beaucoup une bien meilleure solution que le maintien de
l’espèce de chaos dans lequel se trouvait la Russie. Ce fut ressenti ainsi particulièrement dans l’armée. C’est pourquoi tous
les pays qui venaient de se séparer de la Russie craignaient encore un
retour à l’abominable régime stalinien. En même temps, les capitalistes du monde entier et notamment ceux d’Amérique voulaient, eux aussi, mettre fin aux années noires pour donner une belle image de la restauration du capitalisme.
La Russie est sortie de ce chaos quand Poutine est arrivé au pouvoir,
mais à partir de ce moment la situation fut pire. La politique mise en
place par Poutine répondait aux injonctions du FMI avec l’appui total
des USA. Ce qu’on a appelé les années noires n’a pas été un effondrement
de la production en Russie. En fait, c’était un effondrement des
garanties sociales. Des fonctionnaires, qui avaient un vrai salaire, se
sont retrouvés sans emploi. Par exemple, toutes les familles avaient les
moyens et la garantie qu’elles pouvaient élever leurs enfants. Tous les
moscovites (russes blancs privilégiés) avaient des maternités, des
crèches, des écoles, des garderies, des centres de vacances… Tout cela
s’est effondré brutalement quand tout l’appareil d’État a été
démantelé. L’économie russe a continué à produire de la même manière
grâce essentiellement au gaz, au pétrole et aussi grâce aux productions
agricoles des « colonies » russes (notamment de l’Ukraine). J’appelle
ainsi les vastes régions de l’actuelle « Fédération de Russie » ainsi
que les républiques prétendument autonomes de l’Asie Centrale. Dans ces
« colonies russes » la situation ne s’est ni dégradée ni améliorée. Ce
sont certains des moscovites qui ont connu une réelle dégradation au
moment où quelques-uns d’entre eux amassaient une colossale fortune en
dilapidant les biens de l’état. Si les quantités produites étaient les
mêmes, par contre les prix ont chuté sur le marché mondial. En
particulier, le prix du pétrole a diminué considérablement à partir de
1981 pour atteindre son niveau le plus bas précisément pendant les
années noires. La crise économique vient principalement de là et non pas
d’une baisse de la production.
Ces fluctuations du prix du pétrole n’étaient nullement liées à la situation en Russie. Le prix du pétrole est remonté en flèche exactement au moment où
Poutine est arrivé au pouvoir (2000) avec un pic en 2008 et des valeurs
hautes jusqu’en 2014.
Précisons trois dates :
Chocs pétroliers des années 1970 :
Le prix du pétrole, initialement bas, a connu une quadruple augmentation entre 1973 et 1974 en raison des chocs pétroliers.
Crise des années 1980 :
Après
un pic en 1980, les prix ont chuté de manière drastique en 1986,
tombant à moins de 10 dollars le baril (en dollars constants).
Crise de 2008 :
Le prix du pétrole a atteint un pic historique en 2008, surpassant les records établis lors du deuxième choc pétrolier
En affichant une baisse puis une remontée du PNB, les interprétations
des faits concernant les années noires en Russie sont souvent fausses,
que ce soit intentionnel ou non. La valeur du PNB russe sur le marché
mondial a effectivement baissé pendant les années noires. Il a
remonté ensuite, mais cela n’est nullement dû à une baisse de l’activité
économique qui aurait repris son ampleur grâce à Poutine. Cela est
seulement venu de la chute du cours du pétrole puis de sa remontée. Ces
variations sont dues à des facteurs extérieurs aux pays du bloc de
l’Est. La page de Wikipédia sur le troisième choc pétrolier indique comme cause principale l’invasion de l’Irak. Je retiens les deux citations suivantes :
- "(...) une augmentation des records, qui dépasse tous les
records historiques au premier semestre 2008, et qui a commencé entre
2003 et 2005, selon les observateurs, à la suite chronologique du début
en 2003 de l’invasion de l’Irak, évènement historique désormais majeur
du tournant du siècle« .
- »le troisième choc se
caractérise par une hausse forte, mais progressive de 2003 à 2007, puis
une hausse d’une ampleur et d’un niveau sans précédent au premier
semestre 2008".
Bref, la production a toujours été la même, mais d’une part, le prix
du pétrole, principale source de richesse de la Russie, a augmenté et,
d’autre part, la distribution a été différente selon le schéma classique
du capitalisme. Les pauvres sont de plus en plus nombreux et de plus en
plus pauvres tandis que les nouveaux riches ne cessent de s’enrichir.
Certains ont parlé d’un effondrement de l’économie, mais en fait, il
s’agissait plutôt d’un effondrement socio-économique selon une formule
également connue. Une grande quantité de russes a sombré brutalement
dans
la pauvreté tandis que les clés de l’économie sont passées dans les
mains d’oligarques d’une manière anarchique. Eltsine a pris des mesures
pour redresser cette situation à la fin des années 1990 en suivant les
injonctions du FMI. Quand Poutine est arrivé, il a mis fin au caractère
anarchique de la restauration du capitalisme. Il a d’abord mis de
l’ordre dans la voyoucratie des oligarques. Pour cela, il est devenu le
chef des grands voyous. Ensuite, il a flatté le nationalisme russe en se
faisant le champion du maintien des « colonies » de l’Empire Russe. Les
guerres de Tchétchénie ont été pour lui une opportunité. Il s’y est
distingué dès son accès à la fonction de premier ministre sous la
direction d’Eltsine. Ces guerres, avec leurs abominables massacres, lui
ont amené une triste popularité auprès de tous les russes fascisants et
racistes. Ce sont ceux-là qui ont été pleinement satisfaits de la
politique de Poutine avec, aussi, l’infime minorité de ceux qui ont
profité du démantèlement de l’État. En plus de tout cela, la hausse du
prix du pétrole, dans ce contexte, a assuré une forte augmentation des
revenus pour la plupart des Russes blancs de la Moscovie. Cela a grandement contribué à asseoir la popularité de Poutine qui a été vu
comme l’acteur de ce « miracle économique ».
Il faut souligner que pour mener sa politique dans cette période,
Poutine a eu l’appui des dirigeants américains. L’entente était parfaite
entre l’OTAN et la Russie