Voici venir alors l’ange européen, le DSA, grand code cosmopolite, qui délègue dans chaque capitale la confection d’un chapelet de signaleurs de confiance. Terme magnifique, plein de gravité liturgique, qui masque une évidence d’écritoire, à savoir que l’État, n’osant dire qu’il censure, sous-traite à des comités ses préférences morales, puis intime aux plateformes d’obtempérer, sous peine d’amendes, de procédures, de campagnes d’opprobre. Le juriste y verra de la technicité, je n’y vois que de l’artisanat, avec des ciseaux, des limes, de la colle, et un but unique, rendre conforme. L’ARCOM orchestre, des ONG signalent, les réseaux exécutent, toute la chaîne travaille avec componction, et l’on appelle cela moderniser la liberté d’expression. Ironie de notre siècle, on proclame le droit à la parole universelle, on perfectionne en même temps l’outillage pour que cette parole n’arrive nulle part.