@Fanny
discours du Général Mandon, partie 1
23 novembre 2025
Monsieur le président de l’association des maires de France,
mesdames et messieurs les maires de France, je suis vraiment impressionné.
Impressionné parce que vous représentez nos territoires, vous représentez
toutes les jeunes femmes et les jeunes hommes qui ont choisi de porter
l’uniforme dans les armées françaises. Et donc, j’ai un petit peu l’impression
de parler à notre pays, dans toutes ces dimensions, et à tous ceux qui
représentent aussi la jeunesse qui est engagée aujourd’hui dans les armées et
que j’ai la chance de commander.
Mais si j’ai accepté cet échange ou ce moment avec vous,
c’est parce que le moment pour moi est particulièrement grave. Alors, je ne
veux pas dépeindre un tableau trop noir, mais le président de la République me
demande de lui permettre de protéger les Français et les Françaises, de
protéger nos intérêts, de protéger notre pays dans toutes les circonstances. Et
donc naturellement mon regard est comme le vôtre celui d’un homme de terrain.
Mais je regarde au-delà de nos frontières l’évolution, et, très sincèrement
aujourd’hui, je vois que toute l’anticipation qui avait été faite sur notre
pays et qu’on trouve dans les grands documents d’évaluation stratégique de
notre environnement, tout ça est en train de se concrétiser. Et malheureusement
la dégradation s’accélère.
Et donc je pense que c’est important pour notre population
et donc important pour vous, qui êtes le premier maillon au contact de nos
concitoyens, d’avoir ce temps où je partage avec vous ce que je perçois du
monde et des défis de sécurité pour nous.
Donc tout d’abord un petit panorama entre nous de ce qui se
passe autour de nous et après peut-être, dans un deuxième temps, de manière
concrète, ce que l’on peut faire ensemble pour aider notre pays à être au
rendez-vous des défis.
Premier grand phénomène. On a un désengagement des
États-Unis de l’Europe. C’est quelque chose qui pour nous était quasiment
impossible parce que : « pays de la liberté », pays proche, pays qui a
participé à notre libération du joug allemand, pays avec lequel on a des
relations extraordinaires dans tous les domaines. Et pourtant, depuis plusieurs
présidents américains, de manière constante, on voit que dans le domaine de la
défense, les États-Unis sont en train de se concentrer sur l’Asie. Et très concrètement,
il y a quelques semaines, les Américains ont décidé de retirer leurs troupes de
Roumanie où ils avaient plusieurs milliers de soldats, dans un moment où la
guerre est sur notre continent. Les Roumains ont été menacés par les Russes au
début de l’attaque de l’Ukraine, les Américains retirent leurs forces du flanc
est de l’OTAN. Ils ne les retirent pas totalement. Ça n’est pas un
désengagement brutal. Ce qui permettra aux optimistes d’espérer qu’ils vont
rester.
Le film, si on le regarde depuis 20 ans, c’est un mouvement
inexorable de bascule vers l’Asie. Des partenaires militaires de grande qualité
avec lesquels je peux échanger régulièrement me disent : « On est préoccupé
de l’évolution de la Chine ». Et je sais que pour vous la Chine, c’est déjà une
empreinte économique avec des exploitations de bois, des relations
commerciales, des opportunités et on observe tous l’économie chinoise qui est
aujourd’hui très présente. On voit les véhicules chinois dans nos rues avec,
aujourd’hui, une bascule du « made in China » à « made by China ». Nos enfants, nos
parents qui ont les téléphones Huawei en main.
Donc la Chine est une puissance démographique, ça, on le
savait, ce n’est pas nouveau. Elle est devenue une puissance économique majeure
et dans le domaine militaire. Aujourd’hui, la Chine pose un problème de
puissance militaire aux États-Unis. Elle est capable de faire ce qu’il y a de
plus perfectionné dans tous les domaines. Et pour ceux qui ont regardé, les
images très mises en scène du 3 septembre en Chine, le président chinois
accueillait un ensemble de leaders, il a fait défiler ce qu’il y a de mieux au
monde aujourd’hui en termes d’équipement militaire, des drones aux satellites,
aux missiles balistiques, à des forces qui défilaient avec une rigueur et un
ordre extraordinaire.
Il a fait la démonstration de sa puissance militaire. Pour
l’instant, la Chine ne l’utilise pas. Elle est toujours dans une logique de
puissance douce, qui s’affirme doucement, dans son environnement proche, et qui
va conquérir, souvent par une approche économique, des territoires, un peu plus
d’emprise et un peu plus d’influence. Je pense en particulier à nos outremers,
Polynésie, Nouvelle-Calédonie, où la pression des ressources s’exerce doucement
mais fermement. Aujourd’hui, quand je regarde la pénétration des zones
économiques exclusives autour de la Nouvelle-Calédonie ou autour de la
Polynésie, les endroits où la France, où les armées françaises sont présentes,
notre souveraineté est respectée. Mais partout ailleurs, la prédation s’exerce,
sur la pêche, les ressources naturelles. Et la Chine est un de ces acteurs de
prédation.
Donc vous avez deux grands acteurs. Un qui est en train de
se séparer progressivement de l’Europe en termes de priorité pour se concentrer
vers la Chine et une Chine qui s’affirme comme puissance avec le risque de
confrontation avec les États-Unis.
Aujourd’hui, vous avez au Pentagone une horloge, visible de
tous les officiers qui servent au Pentagone, qui décompte tous les jours
jusqu’en 2027. Parce que pour les États-Unis, en 2027, la Chine s’empare de
Taïwan et rentre dans la confrontation. Ce que je veux dire, c’est que ce ne
sont pas uniquement des analyses de renseignement. Vous avez la première
puissance mondiale aujourd’hui qui affiche au cœur de sa défense un horizon
2027 et d’affrontement possible.
C’est pour moi les deux premiers éléments d’évolution de
notre contexte qui vont définir les paramètres de notre sécurité.
Le troisième point bien sûr, et nous avions hier la visite
du président Zelensky à Paris, c’est la guerre sur notre continent depuis
maintenant presque 4 ans et ce n’est pas un premier événement. C’est-à-dire
qu’en 2008, la Russie décide d’attaquer la Géorgie. En 2014, elle s’empare de
la Crimée. En 2022, elle relance une attaque en Ukraine en s’emparant de quatre
régions qu’elle a quasiment conquises aujourd’hui. Donc, quand on regarde ce
film : 2008, 2014, 2022, il n’y a aucune raison d’imaginer que c’est la
fin de la guerre sur notre continent. Malheureusement.
Malheureusement, la Russie aujourd’hui, je le sais par les
éléments auxquels j’ai accès, se prépare à une confrontation à l’horizon 2030
avec nos pays. Elle s’organise pour ça, elle se prépare à ça et elle est
convaincue que son ennemi existentiel, c’est l’OTAN, ce sont nos pays.
Je continue mon tour d’horizon, en quittant notre continent
et en allant vers l’Afrique. En Afrique aujourd’hui, sur l’Afrique proche, on a
naturellement toutes les conséquences du réchauffement climatique et tous les
différentiels économiques qui font que la pression migratoire, les défis
climatiques, les catastrophes naturelles vont se poursuivre et vont provoquer
des éléments qui peuvent déstabiliser des États et induire des crises
régionales potentiellement plus larges.
Deuxième phénomène, peu de temps après le triste la triste
commémoration des attaques terroristes de Daesh à Paris : aujourd’hui, les
leaders terroristes qui étaient autrefois basés au Levant, proche Moyen-Orient
et Afghanistan, sont en Afrique.