@Fanny
discours du Général Mandon partie 2
Une Afrique dans laquelle le Sahara est profondément
déstabilisé avec de nombreuses juntes qui sont arrivées au pouvoir, qui
n’arrivent pas à stabiliser la sécurité dans leur pays. Vous avez en ce moment
à Bamako au Mali… Vous vous souvenez il y a 12 ans, nous intervenions au Mali
pour éviter que Bamako tombe dans la main des djihadistes. Aujourd’hui, vous
avez des djihadistes qui empêchent l’approvisionnement en essence de la
capitale. Avec une junte qui a fait appel à des corps expéditionnaires russes
pour se protéger, pour essayer de rétablir une sécurité. Ils n’y arrivent pas.
En revanche, ils arrivent bien à préempter toutes les richesses du pays.
Nous observons que les techniques des drones qui sont
utilisées aujourd’hui sur notre continent dans la guerre entre l’Ukraine et la
Russie, c’est-à-dire la capacité à utiliser des drones en portant des charges
explosives, cette technique est apprise par les groupes terroristes au Sahel.
Donc là aussi sur notre rive sud, des phénomènes préoccupants pour notre
sécurité. Aujourd’hui, on n’a pas eu d’attaque préparée et organisée depuis le
continent africain, mais il y a une évolution préoccupante des groupes terroristes,
de leur emprise sur des régions entières. Et aujourd’hui la pression s’exerce
sur les pays côtiers de l’Afrique niveau Atlantique et on sait qu’on a aussi un
problème sur la corne est de l’Afrique.
Le proche et Moyen-Orient. La situation n’est pas bonne non
plus. Malheureusement, vous avez tous assisté à cette terrible attaque du 7
octobre contre Israël. La barbarie à l’état pur, la barbarie la plus absolue.
Et s’ensuit un combat qui s’est étendu progressivement de Gaza à l’ensemble de
la région avec des bombardements et des tirs de missile entre l’Iran et Israël.
Des groupes terroristes au Yémen qui menacent la circulation du flux économique
mondial en mer Rouge où nos frégates interviennent, où nos avions interviennent
pour protéger la circulation du trafic commercial.
Bon, forcément ce portrait est très noir et j’en suis désolé
mais je crois qu’il faut le dire. Parce que nous avons la chance d’avoir grandi
et de vivre dans un monde en paix. Dans nos sociétés qui ont vécu l’atrocité de
deux guerres mondiales et qui vivent depuis des décennies dans un environnement
pacifié et pensant que la paix était définitivement acquise. Malheureusement
tout ce qui se passe autour de nous, nous montre que certains ont fait le choix
de la force. Et la Russie aujourd’hui est convaincue que les Européens sont
faibles. Elle en est convaincue.
Et pourtant, et c’est là que j’aimerais quand même vous dire
tout l’optimisme qu’il faut avoir, pourtant, nous sommes forts. Nous sommes
fondamentalement forts. Nous sommes fondamentalement plus forts que la Russie.
Mais il faut accepter que nous vivons dans un monde en risque et que nous
pouvons devoir utiliser la force pour protéger ce que nous sommes. C’est
quelque chose qui était complètement sorti de nos discussions familiales, je
pense. J’imagine que dans vos communes, il est rare que spontanément nos
concitoyens parlent du danger posé par la Russie. Le terrorisme nous a
profondément marqués et je pense que l’action de nos soldats, des forces de
sécurité intérieure, des patrouilles de sentinelle, pour ceux qui les vivent,
rappellent le risque terroriste.
Le principal risque aujourd’hui, c’est un risque de forme de
faiblesse face à une Russie qui est décomplexée dans l’usage de la force et qui
poussera son avantage si elle sent qu’on reste faible. La Russie au début du
conflit en 2022, c’est moins d’un million d’hommes et de femmes sous
l’uniforme. Aujourd’hui, c’est 1,3 million. Leur projection en 2030, ce n’est
pas loin de 2 millions. 40 % de son économie va à l’industrie de défense.
Aujourd’hui, la Russie produit plus d’équipements de défense qu’elle n’en
consomme sur le front. Elle est clairement dans une phase de préparation de
quelque chose d’autre. Alors, les Européens collectivement sont largement plus
forts que la Russie. C’est pour ça que je pense qu’il ne faut surtout pas être
pessimiste. Les Européens réunis, c’est plus d’1,4 million de femmes et
d’hommes qui portent l’uniforme, qui sont prêts à défendre les valeurs de leur
pays. C’est une industrie extraordinaire. On a, en France, des techniciens, des
ingénieurs, des chefs d’entreprise qui savent produire ce qu’il y a de mieux au
monde.
Je vais prendre le cas d’un système qui a été présenté hier
au président ukrainien. L’une des principales menaces aujourd’hui en Ukraine,
ce sont tous les tirs de drones et de missiles qui partent chaque nuit de
Russie vers l’Ukraine, pour atteindre les centres énergétiques, l’électricité,
les centres d’entraînement, les villes, pour rompre le moral des Ukrainiens.
L’Europe a créé depuis quelques années un système qui s’appelle SAMP/T, qui est
fabriqué avec les Italiens et en lien aussi avec le Royaume-Uni. Je pense que
tout le monde a entendu parler des systèmes américains Patriot qui sont le
symbole de cette capacité à se protéger contre des missiles et des avions. Les
Ukrainiens nous expliquent aujourd’hui que le système fait par les Européens,
et donc par des ingénieurs et des techniciens français, marche mieux que le
meilleur des systèmes américains. D’accord ? On a tout le savoir, toute la
force économique, démographique, pour dissuader le régime de Moscou, d’essayer
de tenter sa chance plus loin. Ce qu’il nous manque, et c’est là que vous avez
un rôle majeur, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour
protéger ce que l’on est.
Les armées, c’est un extrait de la nation. Les femmes et les
hommes, qui sont aujourd’hui employés partout dans le monde, ont entre 18 et 27
ans sur le terrain. Ils sont jeunes, ils viennent de vos communes, ils ont les
mêmes aspirations. Ils tiendront dans leur mission s’ils sentent que le pays
tient avec eux. Si notre pays flanche, parce qu’il n’est pas prêt à accepter de
perdre ses enfants, parce qu’il faut dire les choses, de souffrir
économiquement parce que les priorités iront à de la production de défense par
exemple. Si on n’est pas prêt à ça, alors on est en risque. Mais je pense qu’on
a la force d’âme.
La France a toujours démontré sa force d’âme dans les
moments difficiles. Et là, on est dans le moment où il faut en parler. Il faut
en parler dans vos communes parce que spontanément, ce ne sont pas des lectures
du dimanche, ce n’est pas quelque chose d’accessible facilement. On peut avoir
le sentiment que c’est loin et c’est vrai que ça reste loin. La mécanique ce
n’est pas des chars russes qui débarquent en Alsace. La mécanique c’est une
mécanique de solidarité. C’est une mécanique de solidarité avec des pays qui
sont aujourd’hui sur le flanc est de l’Otan qui pourraient être attaqués et
qu’on ira protéger par solidarité. Et à partir du moment où on s’engage en
solidarité, à ce moment-là, on engage les jeunes femmes et les jeunes hommes
qui ont choisi de servir sous l’uniforme.
Donc moi, j’ai donné aux armées un objectif qui est d’être
prêt dans trois à quatre ans, mais j’ai besoin que la nation soit prête à
soutenir cet effort si on devait le faire. Je suis convaincu, je vous le dis,
je suis convaincu que si nos ennemis voient notre détermination à nous
défendre, à protéger ce que nous portons comme valeur, comme histoire, ils
iront voir ailleurs parce qu’ils savent que nous sommes plus forts. Mais il
faut en faire la démonstration et c’est dans les trois années qui viennent. C’est
fondamental.