@Krokodilo
Votre commentaire part d’une idée répandue mais historiquement inexacte : l’esclavage de masse et systématique (chasseurs d’esclaves professionnels, razzias organisées sur des milliers de kilomètres, commerce triangulaire transcontinental, esclavage héréditaire sur plusieurs générations) n’est pas un simple « tribut de guerre » banal que toutes les civilisations pratiquaient dès qu’elles faisaient la guerre.
Quelques faits qui contredisent fortement la thèse universaliste :
- De très nombreuses sociétés guerrières antiques ou médiévales n’ont pas développé d’esclavage de masse durable :
- Les Celtes, les Germains, les Vikings eux-mêmes : les prisonniers de guerre étaient très majoritairement rançonnés, échangés, intégrés comme serfs ou tués, pas systématiquement réduits en esclavage héréditaire massif.
- Les royaumes d’Afrique de l’Ouest pré-islamiques (Ghana, Mali avant conversion) : la guerre existait, mais l’esclavage à grande échelle n’apparaît vraiment qu’avec l’intégration au réseau arabo-musulman transsaharien.
- L’Empire byzantin, pourtant en guerre permanente : les prisonniers étaient souvent échangés ou convertis, pas transformés en marchandise à l’échelle industrielle.
- Le cas des Barbaresques (et plus largement du djihad esclavagiste arabo-musulman) est exceptionnel par son ampleur, sa durée (plus de 10 siècles), son caractère racialisé/religieux systématique et son organisation marchande :
- → On parle d’un million d’Européens (chiffre bas) sur près de 4 siècles, mais des millions d’Africains subsahariens sur plus de 1 400 ans via la traite orientale/transsaharienne.
→ C’est l’un des rares systèmes esclavagistes de l’Histoire où la capture d’esclaves était une finalité économique et religieuse déclarée de la guerre (théorie du butin humain comme partie intégrante du jihad). - Votre exemple des Inuits et Aborigènes est un contre-exemple faible : ce sont des sociétés très petites, sans État, sans surplus, sans possibilité logistique de garder/revendre des centaines de captifs. Comparer cela à des États organisés de plusieurs millions d’habitants (ottoman, barbaresques, sultanats swahilis, etc.) n’a pas grand sens.
La guerre produit souvent des captifs, oui. Mais transformer systématiquement ces captifs en marchandise transnationale héréditaire sur des siècles, avec une idéologie religieuse qui le légitime explicitement, c’est loin d’être une constante universelle. C’est même une des particularités les plus marquantes (et les plus longues) de l’histoire islamique médiévale et moderne.
On peut critiquer l’Occident sur bien des points (traite atlantique, colonialisme, etc.), mais nier la spécificité et l’ampleur exceptionnelle de la traite barbaresque/orientale ne rend pas service à l’Histoire.