[ Fichier 1/3] Qu’est-ce qu’un État de droit ? Afin d’étalonner
votre jugement, je souhaiterais soumettre à votre sagacité quelques éléments de
réflexion.
1) Au cours de mon stage
professionnel, j’ai assisté, devant la 1ère Chambre de la Cour
d’appel d’Amiens, évidemment en collégialité, aux plaidoiries du doyen et du
vice-doyen de l’Ordre, dans une affaire opposant un cuniculteur à un apiculteur
du département de l’Aisne ; celui-là se plaignait de ce que les volatiles
de celui-ci vinssent se soulager sur le toit des clapiers de ses lapins, un
huissier étant donc missionné, chaque matin, juché sur une échelle, pour
compter le nombre de défécations depuis la veille.
Le « trouble de voisinage par
chiures d’abeilles », débattu au tribunal de LAON, vint donc à la Cour. Et
les deux avocats plaidèrent pendant trois heures d’horloge, avec forces
citations de Théocrite, Hésiode, Aratos, Théophraste (en grec), Lucrèce,
Varron, Caton l’Ancien (en
latin), notamment des passages entiers du Livre IV (le rucher) des Géorgiques
de Virgile. Horresco referens : les magistrats les comprenaient
parfaitement !
Question triviale (au sens
mathématique du terme) : cet appel, évidemment conclu par les avoués,
était’ il recevable ou irrecevable ?
2) Les magistrats n’étaient pas en
reste : ainsi de ce jugement du tribunal de Péronne, statuant sur la
responsabilité d’un accident de la circulation survenu lors de la récolte des
betteraves sucrières : « Et attendu qu’en Picardie, la boue et les
betteraves sont consubstantielles, comme il est notoire qu’à l’approche de l’hiver,
les palombes passent les ports pyrénéens » …
3) En un demi-siècle de carrière,
si j’ai connu un magistrat, ancien HEC et juge consulaire, dont les analyses
financières faisaient autorité, à l’inverse, je n’ai jamais vu un avocat
capable de lire un bilan ; cela existe peut-être, mais c’est ainsi ;
c’est dommage, car, avec le concours du Premier Président, de la Banque de
France et d’un IBM AS 400, il était possible de remettre in bonis une
entreprise, victime de magistrats indélicats ou incompétents.
4) Alors même que les 22 URSSAF, en
situation de concurrence, recouvrent annuellement 705 milliards d’€ de
cotisations et 3,5 milliards d’€ de pénalités sur du vide, avez’ vous déjà remis
in bonis une Earl et affranchi son gérant de la MSA ? Il suffit de 21
procédures en un semestre ; zéro € d’honoraires.
5) Veuillez consulter le rapport
statistique de l’audience de janvier 2012 de la Cour d’appel d’ANGERS : un
jour fixe venait en trois mois, une révision de pension alimentaire en six
mois, un dossier de complexité moyenne en neuf mois ; si l’on passait le
cap d’un an (gare à la péremption biennale !), c’est qu’il y avait, soit
une pluralité d’intimés (par exemple, une copropriété), soit un sursis à
statuer, soit une expertise ; en ce cas, le dossier était rappelé
mensuellement, en présence du Conseiller de la mise en état, de son greffier et
d’un représentant de chaque étude. S’il advenait qu’un magistrat eut déjà connu
de l’affaire (lors d’un référé ou d’un incident, par exemple), il était invité
contradictoirement à se déporter, ce qui se faisait en bonne intelligence ; nul
besoin d’une procédure de récusation ou de prise à partie, ce d’autant plus
que, dès leur installation, les magistrats
promus de la première instance à la Cour, étaient pris en charge et formés à la
procédure d’appel.
6) La profession d’avoué a été
créée en 451 avant Jésus-Christ, avec la transposition en droit romain, par la
Loi des XII Tables, de l’institution sumérienne de la Fiducie, à savoir la
représentation par autrui en matière contractuelle (un constituant, un
fiduciaire ou trustee, un bénéficiaire) ; au Moyen-Age, les avoyers et
avoyeresses, exerçant la triple fonction de régisseur des monastères, de
trustee des chevaliers partant à la croisade, et d’avocat de la veuve et
l’orphelin dans l’Ordalie (combat judiciaire arrêté au premier sang, ancêtre du
serment décisoire, procédure redoutablement efficace, toujours en vigueur) étaient
assez connus pour qu’en 1099, le
duc de Basse-Lotharingie Godefroy de Bouillon, refusant d’être couronné d’or,
là où le Christ n’avait porté qu’une couronne d’épines, déclinant le titre de
roi de Jérusalem, n’accepte que celui d’avoué du Saint-Sépulcre : allez à
Bouillon (Belgique), en une seconde, vous aurez tout compris.
7) C’est en 1262 que le roi Louis
IX, ne pouvant se priver des conseils d’Eudes RIGAUD, évêque de Neustrie, au
concile de Paris, mais cité à comparaitre en personne devant l’Échiquier de
Rouen (ancêtre du Parlement de Normandie), nova la Fiducie contractuelle en
Fiducie judiciaire, nommant à cet effet un avoyer : la postulation était
née. La Corporation des Procureurs près le Parlement de Paris sera instituée en
1328 par Philippe VI de Valois. À la Révolution, dès 1790, sera créée une
structure hiérarchique, avec des tribunaux de première instance, des tribunaux d’appel, un tribunal de
cassation ; outre des avoués près chacune de ces juridiction.
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