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13) Les avoués avaient trois
comptes : le compte étude (les recettes et dépenses de toute
entreprise) ; le compte tiers (les sommes dont le client était créancier
ou débiteur) ; enfin, le compte provision, compte séquestre sur lequel
était déposée la provision demandée à l’ouverture du dossier, provision
couvrant à 50 € près l’état de frais (pas d’honoraires) de l’avoué.
L’avoué était saisi : soit
d’abord par un client institutionnel (banque, assurance, etc) ; soit
encore par un avocat correspondant de l’étude (la majorité des dossiers) ;
soit enfin directement par un justiciable.
Dans ce dernier cas, s’il s’avérait
que le client était apte à s’exprimer clairement, l’avoué demandait à la Cour
l’autorisation de présenter des « observations orales » ;
celle-ci obtenue, le client se présentait à l’audience, en présence de son
avoué, à dossier fermé, et s’exprimait cinq minutes, sur la base d’un plan
détaillé, format A4, recto-verso. À l’issue de l’audience, il n’était pas
exceptionnel que des avocats me demandent : « Mais qui est cette
jeune femme qui a si brillamment plaidé ce dossier ? ».
Enfin, un mois après, j’établissais
mon état de frais, arbitré par le Président de Chambre, état ensuite vérifié
par le Greffier en chef, puis archivé à la Cour (donc à la disposition du
Parquet).
Sous deux conditions cumulatives, à
savoir :
a) gagner son procès ;
b) que l’adversaire, condamné aux
dépens, fut solvable ;
une fois l’état de frais réglé par
l’intermédiaire des avoués, la provision redevenait disponible ; elle
était alors restituée au client ; s’y ajoutait, le cas échéant, l’indemnité
de frais irrépétibles rétribuant les « observations orales ». En d’autres
termes, sous ces deux conditions cumulatives, non seulement la prestation de
l’avoué était gratuite pour son client, mais pouvait même être lucrative ;
sans préjudice des sommes créditées sur le compte tiers, et intégralement
reversées, intérêts compris, donc sans prélèvement d’honoraires, au client.
Aujourd’hui, lequel des 77.598
avocats peut en dire autant ?
14) Lorsque, le 9 juin 2008, Madame
Rachida DATI, Garde des Sceaux du 18 mai 2007 au 23 juin 2009, reçut, pour la
première et dernière fois, le Président de la Chambre Nationale des avoués près
les Cours d’appel, pendant 25 minutes, les membres de son Cabinet, tétanisés à
six pas, elle l’agonisa d’injures ; Maître François GRANDSARD, en prenant
congé, la salua ainsi : « Au siècle des Lumières, le despotisme était
supportable, parce qu’éclairé ! »
15) En 2008, lors des débats
préparatoires de la loi n° 2011-94 du 25 janvier 2011, lorsque le Groupe
communiste du Sénat eut compris le modèle économique et déontologique des
avoués, il eut ce cri du cœur : « Mais vous êtes l’archétype du
service public ! »
16) En décembre 2011, lors de l’Assemblée
générale de l’Ordre des avocats au Barreau d’Angers, fusa ce cri du cœur :
« Mais enfin ! Je ne comprends pas pourquoi on leur a accordé
l’équivalence, à ces sous-avocats ! » (traduction allemande :
Untermenschen).
17) Autre cri du cœur de Maître Christian
CHARRIÈRE-BOURNAZEL, Président du Conseil national des barreaux, croisé en 2012
dans la salle des pas-perdus : « La suppression des avoués ? Ne
m’en parlez pas, c’est une horreur ! »
18) Le 4 juin 2014, Mr Patrice
GÉLARD, Vice-président de la Commission des lois du Sénat, publiait un Rapport d’information n° 580 (https://www.senat.fr/rap/r13-580/r13-5801.pdf
), résumé, page 15, en deux mots : « carnage social ».
19) Le 16 février 2024, lors des Entretiens
Littéraires de la Collégiale Saint Martin, Mr Jacques ATTALI, interrogé de
façon neutre sur son sentiment au regard de cette réforme, avouait
spontanément, devant 200 spectateurs : « C’est un échec ! »
20) Le 25 mars 2025, Mr Christophe
SOULARD, Premier président de la Cour de cassation, à l’issue d’une conférence sur
l’état de droit, interrogé sur les inéluctables conséquences de la réforme,
s’exclama spontanément : « J’espère bien ne jamais me trouver dans cette
situation ! »
La clameur des 300 étudiants
présents, à l’énoncé de cette réponse, se passe de commentaires.
21) Les 20 (dimanche de
Pâques, en version électronique) et 21 avril 2025 (lundi de Pâques, en version
papier, distribuée dans les kiosques, mais omise des abonnés), le journal Le
Figaro commentait un sondage commandé par le CNB à l’Ifop, sur la confiance des Français dans la justice :
2008 : 63 % ; 2025 : 48 % : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/elle-est-devenue-incomprehensible-pour-eux-la-defiance-des-francais-envers-la-justice-s-accentue-20250420
Ce sondage, révélé ici :
https://rtenfrance.tv/france/119693-defiance-francais-envers-leur-justice
, est encore, à ce jour, sous embargo.
22) Entretemps, avaient été publiés
les décrets n° 2024-673 du 3 juillet 2024 et n° 2025-619 du 8 juillet 2025, dit
décrets Magicobus 1 et 2, transport
d’urgence pour les sorcières et les sorciers en perdition, in « Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban » :
https://www.youtube.com/watch?v=VFDWXsTDOSM
C’est curieux, je ne suis jamais
allé à Poudlard ; en revanche, je me souviens de l’estime réciproque, voire
de l’admiration respectueuse que se témoignaient le Directeur des Affaires
Civiles et du Sceau et le Président de la Chambre Nationale des Avoués, les
décrets de procédure civile se rédigeant aisément à quatre mains.
23) Bref, le 1er janvier
2012, disparaissaient d’un coup de baguette magique (cf. supra) 444 avoués, à
comparer aux 652 neurochirurgiens. Pour étalonner votre jugement, l’ aponévrotomie
(opération de la maladie de Dupuytren) requiert du praticien qui y
procède :
- un baccalauréat scientifique
« dans la botte » ;
- sept années de médecine ;
- quatre années d’internat ;
- un certificat de chirurgie
orthopédique ;
- un certificat de microchirurgie
;
- un certificat de chirurgie de la main
;
Alors, et alors seulement, le
praticien est autorisé à exercer en qualité de « chirurgien
remplaçant ».
24) Aujourd’hui, les 444 avoués (équivalent
des neurochirurgiens) ont été remplacés par 77.598 avocats (équivalent des
généralistes, infirmiers et aides-soignants), tous autorisés à pratiquer, sans
formation, la neurochirurgie.
Vous doutez légitimement ?
Naguère, en vertu d’une règle commune à tous les officiers ministériels, l’assurance
de bourse commune, les avoués étaient solidaires, sur leur entier patrimoine,
de tous leurs confrères, en premier niveau par compagnie régionale, en second
niveau à l’échelle nationale ; ceci afin qu’aucun justiciable n’eut à
souffrir de la défaillance d’un seul avoué.
La Compagnie de Grenoble vous
attestera que ce n’était pas une clause de style.
C’est ainsi que les Mutuelles du
Mans (MMA), notre assureur, communiquait à chaque Compagnie un relevé annuel de
toutes les déclarations de sinistre, actualisées (à l’ouverture du dossier,
après jugement sur la faute, après jugement sur la perte de chance, à la
clôture du dossier), relevé dont chaque avoué avait connaissance, lors de
l’assemblée ordinaire de la Compagnie ; chaque année, j’ai eu en mains ce
relevé, en sachant qu’en cas de sinistre de second niveau, je devrais y
contribuer.
Dans ce contexte, il vous est
loisible de vous faire communiquer :
- le relevé annuel, de 1945 à 2011,
des déclarations de sinistres de la profession d’avoué ;
- le relevé annuel, de 2012 à 2024,
des déclarations de sinistres de la profession d’avocat, étant rappelé que,
selon le cabinet AON, courtier du barreau de Paris, les erreurs en procédure
d’appel constituent :
a) en quantité (combien y a-t-il de
déclarations ?), la première cause de sinistre ;
b) en quotité (quels sont les sinistres
les plus couteux ?), la deuxième cause
de sinistre, après les erreurs en matière fiscale.
Croisez la quantité par la quotité,
il y a de quoi faire travailler les actuaires.
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