@sylvain
Vous mettez le doigt sur un point réel : l’Europe occidentale a longtemps entretenu un rapport ambigu, parfois condescendant, à l’égard de la Russie, perçue tantôt comme européenne, tantôt comme extérieure à l’Europe selon les périodes et les intérêts. Cette ambivalence traverse toute l’histoire moderne, de Pierre le Grand jusqu’à la guerre froide.
Cela étant dit, il me semble important de distinguer deux choses. D’un côté, les discours identitaires essentialistes — qu’ils soient occidentaux ou russes — qui fantasment une « pureté » culturelle ou civilisationnelle n’ayant jamais existé. De l’autre, l’usage politique contemporain de cette question par le pouvoir russe lui-même, qui instrumentalise l’histoire pour justifier une hiérarchisation des peuples et des territoires.
Ce que je critique dans l’article, ce n’est pas l’appartenance de la Russie à l’espace européen — débat ancien et légitime — mais la prétention actuelle du Kremlin à se poser en incarnation exclusive d’un monde slave homogène, alors même que l’histoire de la Russie est profondément composite, et que sa population actuelle l’est tout autant.
En ce sens, les discours identitaires, qu’ils viennent de Bruxelles, de Moscou ou d’ailleurs, sont effectivement à la fois dangereux et peu intéressants sur le plan historique. Mais lorsqu’ils deviennent un outil de guerre et de domination, il devient nécessaire de les déconstruire précisément, avec des faits et non avec des invectives.