@beo111
Votre remarque est légitime, mais elle repose sur un glissement conceptuel qu’il faut corriger pour éviter un contresens.
Mon article ne porte pas sur les effectifs contemporains de populations slaves dans les États actuels. Il ne nie évidemment pas qu’il y ait aujourd’hui davantage de slavisés
en Russie que de Slaves en Ukraine et en Biélorussie réunies — c’est un fait démographique trivial et incontesté. Mais ce fait ne répond pas à la question posée, qui est d’ordre historique et non statistique.
La thèse discutée ici concerne la continuité ethno-historique entre :
– la Rus’ médiévale (IXe–XIIIe siècles),
– et les États modernes qui s’en réclament.
Or, une majorité démographique acquise a posteriori, par expansion territoriale, colonisation interne, assimilation linguistique et centralisation impériale, ne constitue pas en soi une continuité historique directe. Sinon, il faudrait considérer que l’Amérique latine est ethniquement européenne, ou que l’Anatolie est historiquement grecque parce qu’on y parlait grec dans l’Antiquité.
Le point central est le suivant :
👉 la slavité contemporaine de la Russie est en grande partie le résultat d’un processus de slavisation progressive, notamment dans le Nord-Est forestier (future Moscovie), sur des substrats finno-ougriens et turciques bien documentés par l’archéologie, la toponymie et les chroniques médiévales.
👉 Cela n’a rien de polémique ni de normatif : c’est un constat historique classique.
Ainsi, le fait que la Russie actuelle compte plus de Slaves que l’Ukraine et la Biélorussie réunies ne fragilise en rien l’analyse. Il la confirme même indirectement : cette masse slavisée est le produit d’une construction impériale longue, et non l’héritage démographique direct et continu de la Rus’ kiévienne.
Enfin, et c’est essentiel, cela ne retire rien à la culture russe, ni à la langue russe, ni à leur richesse. Mais cela invalide l’argument politique contemporain qui prétend fonder une légitimité historique exclusive ou une vocation impériale sur une continuité ethnique supposée.
Merci en tout cas pour votre question, qui permet précisément de clarifier ce point souvent confondu dans le débat public français.