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Commentaire de Bernard Grua

sur Les Russes sont-ils un peuple slave ?


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Bernard Grua Bernard Grua 9 février 16:12

@Et hop !

L’ukrainien n’avait aucune littérature écrite (juridique, administrative, poétique, romanesque, dramatique, mythologique) avant la naissance du mouvement nationaliste ukrainien à la fin du XIXe siècle, c’était une langue orale populaire, un dialecte russe populaire...


L’oblast de Kiev était une région qui avait toujours été russophone.

Plusieurs points méritent d’être replacés dans un cadre historique plus

rigoureux, plus historiquement factuels et moins idéologiques  :


1. SUR LES INSCRIPTIONS DE SAINTE‑SOPHIE À KIEV
Les inscriptions médiévales trouvées dans la cathédrale Sainte‑Sophie de Kiev (XIᵉ siècle) constituent une source épigraphique précieuse sur la vie et la langue dans l’ancienne Rus’ de Kiev.

Ces graffitis comportent des formes de vieux‑slavon liées à la pratique religieuse et montrent des traits linguistiques distincts, proches des formes qui ont évolué vers l’ukrainien plutôt que vers le russe moderne.

Elles sont généralement plus compréhensibles pour un locuteur ukrainien actuel que pour un Russe non spécialiste des anciens dialectes slavons réconstructibles.

(Remarque  : il n’existe pas d’études de consensus international qui transforment ces graffitis en « preuve définitive » d’une langue ukrainienne médiévale parfaitement alignée avec l’ukrainien moderne — mais ils sont exploités par des linguistes comme indice d’une diversité dialectale qui se rapproche davantage des formes orientales slaves du Sud‑Ouest que des formes qui allaient devenir le russe.)

2. SUR L’HISTOIRE DE L’INTERDICTION ET DE LA RUSSIFICATION DE L’UKRAINIEN

À partir du XVIIIᵉ siècle, sous Pierre Iᵉʳ puis Catherine II, des mesures ont été prises pour réduire l’usage officiel et public de l’ukrainien  :

  • Pierre Iᵉʳ imposa des restrictions sur l’impression de textes en ukrainien et ordonna la réécriture de certains documents religieux en russe.

  • Catherine II interdit l’enseignement en ukrainien à l’Académie de Kiev‑Mohyla (1763) et imposa le russe dans l’administration et les écoles.

Ces politiques s’inscrivent dans un cadre d’assimilation linguistique et culturelle délibérée, visant à faire du russe la langue dominante des élites, de l’administration et de l’Église dans l’Empire, marginalisant l’ukrainien dans la sphère officielle.


3. SUR LE CARACTÈRE « RUSSOPHONE » DE KIEV SOUS DOMINATION RUSSE

Dire que la région de Kiev était «  russophone  » de façon homogène serait une simplification historique.

Dans les institutions et l’administration, le russe fut imposé par l’État impérial  ; dans les campagnes, les populations locales parlaient des formes vernaculaires de langue orientale slave, qui ont évolué vers l’ukrainien moderne.

La russification relève surtout de politiques étatiques, pas d’un usage populaire unanime.


4LA LANGUE RUSSE ÉTAIT ELLE-MÊME PEU STANDARDISÉE

Il est important de rappeler que la langue russe n’était pas plus «  académique  » avant le XIXᵉ siècle  : elle s’est structurée et enrichie progressivement grâce à des auteurs comme Pouchkine, Tolstoï, Dostoïevski, etc.

Le russe des XVIᵉ–XVIIᵉ siècles était encore très proche des dialectes locaux et du slavon d’Église.

Cela illustre bien qu’une langue parlée par l’élite ou l’administration ne suffit pas à déterminer l’identité ethnique ou nationale d’un peuple. 

Tout comme le français parlé par la noblesse russe ne faisait pas de la Russie un pays «  français  », le russe administratif imposé ne rendait pas la population ukrainienne «  russophone  » dans la pratique quotidienne.


5. CONCLUSION HISTORIQUE CLAIRE

L’ukrainien n’a pas été inventé artificiellement au XIXᵉ siècle.

Il existait depuis longtemps dans les usages vernaculaires et littéraires (avec Kotliarevsky à la fin du XVIIIᵉ siècle comme premier auteur majeur).

Les politiques russes ont progressivement écarté l’ukrainien de la sphère officielle, mais cela ne signifie pas que la population locale parlait «  russe  » de façon homogène.

La distinction entre langue, usage administratif et identité ethno-culturelle reste essentielle pour comprendre l’histoire linguistique de l’Ukraine et de la Russie.


Sources principales :


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