@Jelena
Pour être très clair et rigoureux sur ce point : affirmer que l’Ukraine est une invention austro-hongroise ou que l’ukrainien n’existait pas au Moyen Âge est faux historiquement. Voici pourquoi, avec sources et exemples.
1. L’IDENTITÉ UKRAINIENNE : UN CONTINUUM MÉDIÉVAL
- Les populations orientales slaves du bassin du Dniepr, du Pripet et des Carpates existaient depuis la Rus’ de Kiev (IXᵉ–XIIIᵉ siècles).
- Elles avaient des usages vernaculaires distincts, que l’Église orthodoxe a parfois notés dans les chroniques ou documents liturgiques.
- Exemple : les graffitis et inscriptions de la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev (XIᵉ siècle) contiennent des formes de vieux-slavon plus proches des dialectes qui ont évolué vers l’ukrainien que vers le russe moderne.
- Ces inscriptions restent compréhensibles pour un Ukrainien contemporain, mais pas pour un Russe non spécialiste des anciens dialectes slavons.
Source : Shevelov, A History of the Ukrainian Language, 1964.
2. L’ÉMERGENCE DE L’UKRAINIEN LITTÉRAIRE
- Le premier auteur majeur à écrire dans une forme reconnaissable de l’ukrainien est Ivan Kotliarevsky (Eneïda, 1798).
- Avant lui, la langue était orale, mais pas inexistante : elle était utilisée dans les chansons, proverbes, correspondances et documents locaux.
- La standardisation sous les Austro-Hongrois ou au XIXᵉ siècle n’a fait que codifier et diffuser ce qui existait déjà.
Source : Shevelov, op. cit. ; Plokhy, The Origins of the Slavic Nations, 2006.
3. L’UKRAINIEN N’EST PAS UN « GLOUBI-BOULGA »
- Oui, la langue a reçu des influences polonaises ou allemandes, surtout dans les régions occidentales.
- Mais ces influences ne transforment pas le fond slave oriental : phonétique, grammaire et lexique restent distincts du russe, dès le Moyen Âge.
- La russification impériale a surtout eu pour effet de masquer et marginaliser l’usage ukrainien, pas de l’inventer.
4. L’UTILISATION IMPÉRIALE DU TERME « PETIT-RUSSE »
- À partir du XVIIIᵉ siècle, l’Empire russe impose « Petit-Russe » comme catégorie administrative et idéologique pour subordonner l’Ukraine à Moscou.
- C’est un outil de domination et de hiérarchisation, pas une preuve de l’inexistence d’une identité ou d’une langue ukrainienne.
Sources : Plokhy, 2006 ; Kappeler, The Russian Empire, 2001.
CONCLUSION
- L’Ukraine n’est pas une invention austro-hongroise ni soviétique.
- L’ukrainien existe depuis la Rus’ de Kiev sous des formes vernaculaires et dialectales, puis littéraires à partir de Kotliarevsky.
- Les empires et administrations qui ont tenté de le marginaliser n’ont jamais effacé cette continuité.
Autrement dit : il y avait un peuple et une langue ukrainienne bien avant toute manipulation impériale ou soviétique. Toute affirmation contraire relève d’une vision idéologique et non d’histoire scientifique.