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Commentaire de Bernard Grua

sur La « grande culture russe » : un récit culturel aux usages politiques contemporains


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Bernard Grua Bernard Grua 13 février 12:22

@Eric F

Vous affirmez que la “défaite militaire totale” russe n’entre pas dans le champ des possibles. C’est une affirmation, pas une démonstration. L’histoire montre que des armées réputées puissantes ont connu des effondrements rapides. L’URSS en Afghanistan. La Russie en 1917. L’Argentine en 1982. L’impossibilité n’est jamais un argument en soi.Mais cette défaite militaire totale de la Russie n’est pas envisageable dans un futur proche. Pas plus que ne l’est la paix. Là-dessus je suis d’accord.

J’ai en mémoire une alerte sur la rue Krechtchatik à Kiev. J’étais avec un couple d’amis ukrainiens. Leur petit garçon de 4 ans, entendant la sirène, demandait où l’on devait aller s’abriter. Son père me disait en le montrant «  il en prend pour cinquante ans »

Ensuite, vous déplacez le débat vers une guerre totale avec l’appui américain supposément absent. Or personne ne parle d’une guerre OTAN–Russie. Vous introduisez un scénario maximaliste pour disqualifier une hypothèse stratégique. C’est un glissement.

Sur le PIB : oui, le PIB nominal ne dit pas tout. Mais il dit quelque chose. Les capacités industrielles, l’accès aux technologies critiques, la profondeur financière comptent. La Russie est 4e en PIB PPA ... Pour être allé plusieurs fois en Russie et en Allemagne, je peux témoigner que parler de Parité de Pouvoir d’Achat entre ces deux pays est absolument ridicule.

De plus, la Russie reste dépendante pour les semi-conducteurs, pour certaines machines-outils, pour des composants critiques. La guerre moderne ne se gagne pas avec des stocks de chars recyclés mais avec des chaînes d’approvisionnement fiables.

Quant à l’argument “ils ne sont jamais à l’os”, il mérite nuance. La Russie a dû importer massivement des drones iraniens et des munitions nord-coréennes. Ce n’est pas le signe d’une autosuffisance stratégique totale. C’est le signe d’une adaptation sous contrainte.

Sur la Chine : vous admettez vous-même que la dépendance se pose. Elle ne se “pose” pas abstraitement. Elle se mesure. Explosion des échanges bilatéraux, part croissante du yuan dans les transactions, vente d’hydrocarbures à prix décotés, réorientation forcée des flux énergétiques. Ce ne sont pas des opinions.

Vous comparez ensuite avec la dépendance européenne vis-à-vis de la Chine. C’est un autre sujet. Oui, l’Europe a commis des erreurs stratégiques industrielles. Mais l’Union européenne ne vend pas son énergie avec décote faute d’autre débouché. Elle n’est pas sous sanctions massives. La situation n’est pas symétrique.

Vous évoquez l’affaiblissement français. C’est un débat légitime. Mais il ne réfute en rien l’analyse sur la Russie. Montrer nos fragilités ne démontre pas la solidité russe. Là encore, élargir n’est pas expliquer.

Enfin, sur le “lâchage” américain : il est prématuré d’enterrer l’architecture occidentale sur la base d’un cycle politique. Les États ont des intérêts structurants. Ils ne disparaissent pas en une élection. Et si l’Europe doit apprendre à se renforcer stratégiquement, cela ne valide pas l’invasion d’un voisin par une puissance nucléaire.

Vous parlez de blocs géopolitiques. Très bien. Mais les blocs n’agissent pas mécaniquement. Des décisions sont prises. Par des dirigeants. À des dates précises.

La Russie n’a pas été envahie. Elle a envahi.

Le reste relève de l’interprétation. Ce fait-là relève de la chronologie.


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