Parce qu’il n’y a pas de démocratie possible sans
un citoyen correctement informé et faisant l’effort de conduire sa propre
réflexion en se confrontant à celle des autres, ici l’analyse d’un responsable
politique qui expose et explique ses analyses et propositions. Dans quel autre
mouvement trouve-t-on des responsables politiques prenant le temps (le
risque ?) et trouvant utile de le faire pour leurs concitoyens ?
https://melenchon.fr/2026/02/10/pourquoi-veulent-ils-salir-la-nouvelle-france
Extraits.
→ Qu’est-ce que « la Nouvelle France ». Pardonnez-moi
: je dois user d’une langue un peu abstraite comme j’y suis
contraint pour faire court. Je résumerais volontiers d’abord d’une phrase. La Nouvelle France, c’est la France telle
qu’elle s’est transformée du tout au tout, depuis 1958. Non seulement d’un
point de vue social, mais aussi culturel au sens de la perception de soi qu’ont
les catégories sociales et humaines qui la composent. Prendre en compte ces
deux dimensions nous distingue. Sur le plan de l’analyse, nous ne réduisons pas
tout à l’économie. Ni aux techniques d’une époque. Ni aux références ethniques
ou religieuses d’une population. Outils d’analyse et d’action, le concept
analyse la communauté humaine comme d’un fait socio-culturel global en
continuelle transition. Dans ce processus du remplacement d’une génération par
l’autre qui en est le substrat s’opère à chaque cohorte. De l’une à l’autre, la
socialisation des jeunes est le vecteur concret par lequel s’opère leur
créolisation. Rien de plus, rien de moins. Et contrairement à ce qu’affichent
divers médias dans leur propagande anti-Insoumis, il ne s’agit pas que des
changements donnés par les migrations. La « Nouvelle France » est aussi fille
de l’émancipation féminine du dernier demi-siècle. Mais aussi porteuse des
combats féministes du présent ou le système a soumis les femmes à une crise des
temps sociaux qu’elles assument : famille, métier etc… . Elle est aussi le
nouveau visage des exploités de notre pays : de la jeunesse devenue catégorie
sociale précarisée, aux nouveaux « ouvriers du flux » et « ouvriers de service
». Elle est aussi ce que le mode de vie urbain a fait de notre peuple : un
ensemble très interconnecté et aussi très individué. Toute cette « Nouvelle
France » est à la fois porteuse de goût du futur pour notre pays et enfermée
dans un carcan par les dominations qu’elle subit.
« La Nouvelle France »
porte un message par son seul intitulé dans le combat concret. C’est un message
de fierté et de confiance en soi pour ceux qui s’y reconnaissent. Les membres
qui font, vivent ou interprètent la nouveauté sont appelés à en être fiers et à
s’approprier ce destin collectif. Par extension, et dans la logique du
changement permanent de la société, la Nouvelle France pronostique une
créolisation permanente de la population. [ tout aussi visible chez les
nantis les plus privilégiés cosmopolites depuis longtemps et dont la solidarité
d’intérêts ne porte pas sur l’origine géographique plus ou moins lointaine mais
bien sur les mêmes intérêts partagés]. Elle
est d’autant plus forte en ce moment que la nouvelle population est un brassage
sans précédent de la migration intérieure et extérieure au pays. Elles obligent
les individus à « s’inventer » à partir d’eux-mêmes, au présent. Et cela
d’autant plus fortement qu’ils n’ont aucun modèle culturel environnant vraiment
dominant auquel « s’assimiler ». S’il fallait entrer dans le détail, j’irais
jusqu’à invoquer comment, face à une série télévisée filmée dans le cadre des
USA, il y a la même distance culturelle pour n’importe quel jeune en France,
quelque soit son lieu de vie ou bien son origine ethnique. Le modèle humain est
donc créolisé à longueur d’imprégnation comme spectateur. Cette Nouvelle
France, c’est aussi et surtout donc celle de ses projets à inventer pour sa
propre vie personnelle. Il en est ainsi quand la fragmentation sociale
n’assigne plus (même si c’est très relatif et surtout « ressenti ») de destin
social préétabli. Mais la même obligation de création s’impose pour la vie
collective à guider en direction de l’intérêt général de cette dernière.
Ici vient la nouveauté de l’impératif écologique. Qu’on le veuille ou non, c’est là une
composante désormais incontournable. La Nouvelle France y est assujettie
qu’elle le veuille ou non. Et elle doit y répondre obligatoirement si elle veut
assurer sa survie et celle de ses enfants. Il s’agit d’inventer les changements
à faire dans la civilisation humaine pour assumer les conséquences du désastre
du changement climatique et de la surexploitation de l’environnement.
Au total, « la Nouvelle France » c’est à la fois un fait, un projet et
son moyen populaire. C’est
le remplacement de générations sur des bases culturelles entièrement nouvelles,
une créolisation des cultures présentes et un projet politique pour affronter
le futur écologique de la condition humaine.
J’en reste là aujourd’hui. Je
forme le vœu que cette réflexion puisse avoir lieu dans un cadre plus large que
ce modeste blog. Pour aider à y réfléchir, je place ici un lien vers un article plus ample, publié en duo sur notre
journal en ligne « l’ insoumission ». Il fut publié comme réplique à un article
lamentable d’ignorance paru dans le journal « le Monde ». Son auteure, pourtant
bien mal placée pour ce genre d’angle, s’était en effet immédiatement positionnée
sous le point de vue « borné » d’après lequel il s’agirait d’une nouvelle forme
d’identitarisme. Nous y définissions « la Nouvelle France » au contraire comme
le résultat d’un brassage dont nous décrivions quelques exemples
socio-culturels de haute amplitude.