@Robert GIL
« la Russie a une économie réelle et nous on vit dans une économie virtuelle »
Effectivement, et la différence entre « économie virtuelle » et « économie réelle » c’est précisément qu’il s’agit de deux systèmes économiques fondamentalement différents, une différence qui n’est pas nouvelle mais qui s’est encore creusée avec le conflit ukrainien. Par la force des choses, et dû à son isolement forcé depuis 2014 déjà, la Russie est contrainte de développer son économie productive et de contrôler son économie financière pour la mettre au service de l’économie nationale. Que l’on « aime » ou non la Russie, c’est simplement un état de fait. La Russie est donc un pays capitaliste mais un pays capitaliste encore « national », un peu comme l’était encore la France sous le Général De Gaulle, et donc capable de mener sa propre politique de manière indépendante, quoi que l’on puisse par ailleurs penser de ses choix.
Le reste des économies des principales puissances occidentales, à commencer par les USA, a dérivé depuis longtemps d’une économie productive à une économie de services, et ne peut donc se passer, en réalité, d’une masse monétaire excédentaire pour compenser, masse monétaire qui ne peut provenir que de la dette, sans laquelle les fortunes actuellement les plus faramineuses, essentiellement basées sur le capital spéculatif, en réalité « fictif » en grande partie pour cette raison, seraient impossibles à réaliser. C’est du « virtuel » mais il y en a suffisamment qui circule pour entretenir la vie de luxe de l’hyper-classe mondialiste.
Une hyper-classe qui dépend donc en réalité des « liquidités » déversées sur le marché monétaire par les Banques Centrales, avec toujours de « bon prétextes », genre « covid », « soutient à l’Ukraine », etc..., sans cesse renouvelés depuis la crise de 2007-2008 et les premiers « Quantitative Easing », précédemment inaugurés au Japon.
Hyper-classe banco-centraliste, au sens de la masse monétaire manipulée, mais hyper-réduite en nombre d’individus, même par rapport à la masse des entreprises « moyennes » qui tentent encore de survivre dans ce contexte, mais condamnée à crever ou à être « absorbées » pour la plupart de celles qui ont encore une valeur.
Contrairement à la bourgeoisie nationale russe, et encore une fois, qu’on l’« aime » ou non, cette hyper-classe parasite d’une économie financière « virtuelle » n’est donc plus réellement capitaliste au sens originel que Marx donnait à ce mot, qui reliait de manière consubstantielle le travail productif humain et le capital.
« Contrairement a beaucoup je ne suis pas spécialiste de Marx, j’ai seulement lu quelques textes, mais je pense que ses analyses sont toujours valables ensuite bien sur il faut les accommoder a la réalité actuelle de chaque pays et de la resituer dans le contexte politique et économique, c’est ce que fait la Chine. »
Le point réaliste que marque le texte d’« Armelle », c’est précisément le fait que les capitalistes et les financiers de toutes époques, depuis la fin du XIXème siècle, ont effectivement été aussi des lecteurs attentifs et « intéressés », à plus d’un titre, de l’oeuvre de Marx.
Et quand Mao a pris le pouvoir en Chine, uniquement à partir des campagnes, il n’y avait donc plus réellement de luttes ouvrières dans ce qui restait du tissu industriel urbain, et il a pu intégrer ainsi dans sa bureaucratie une bonne partie des capitalistes « nationaux » qui avaient survécu à la guerre. Ce qui explique la renaissance assez rapide du capitalisme chinois sur une base « comprador » à la suite des accords Nixon-Mao de 1972.
Par la suite l’interdépendance Chine-USA a entraîné, principalement à partir de la crise de 2015, la formation d’une hyper-classe bureaucratique assez comparable à notre classe banco-centraliste occidentale, même si l’endettement de la Chine n’a pas encore atteint les « sommets » (...en fait plutôt un « gouffre » !) tels qu’aux USA ou au japon, et maintenant en Europe, dont la France, malheureusement.
Donc, même dans être un « spécialiste de Marx », il est possible de comprendre l’évolution du capital productif au capital « fictif », ou « virtuel », ce qui est fondamentalement la même chose et qui induit donc le passage du capitalisme au banco-centralisme, par la force de l’évolution générale du système, due à l’effacement du prolétariat industriel en tant que classe en soi, réduite et démembrée par la mondialisation, et en tant que classe pour soi, les poches restantes étant trop minoritaire pour parvenir à s’organiser politiquement autrement que pour des luttes d’arrière garde type « sauvegarde d’entreprise » généralement vouées à l’échec.
Luniterre