@Gaspard des Montagnes
L’idée d’une Ukraine « soumise aux États-Unis » fait partie des piliers du narratif moscovite depuis 2014. Elle est répétée en boucle parce qu’elle est indispensable à la justification de l’invasion : si Kyiv est une marionnette, alors Moscou ne combat pas un État souverain mais une extension de Washington. C’est politiquement commode.
Sauf que les faits sont plus têtus.
Si l’Ukraine était réellement « sous tutelle américaine », sa relation avec l’administration de Donald Trump aurait été fluide, alignée et disciplinée. Or on a vu exactement l’inverse : pressions politiques, suspension temporaire d’aide militaire, tensions diplomatiques ouvertes. Difficile d’y voir la relation d’un vassal obéissant à son maître.
Un pays soumis ne résiste pas à des injonctions, ne négocie pas, ne cherche pas à diversifier ses partenariats européens, ne développe pas sa propre stratégie diplomatique. Il applique.
Par ailleurs, réduire l’Ukraine à un simple pion américain revient à nier toute agency politique aux Ukrainiens eux-mêmes — ce qui rejoint, encore une fois, la thèse du Kremlin selon laquelle l’Ukraine ne serait pas une nation pleinement souveraine mais un territoire instrumentalisé.
C’est précisément cette négation de souveraineté qui a servi de justification idéologique à l’offensive décidée par Vladimir Poutine.
On peut débattre de l’influence américaine en Europe de l’Est. Elle existe. Comme existent des influences russes, chinoises ou européennes ailleurs. Mais influence ne signifie pas soumission.
Transformer un partenariat stratégique en relation coloniale inversée, c’est un raccourci politique. Et surtout, c’est un récit qui sert très bien ceux qui ont besoin de prétendre que l’invasion n’était pas dirigée contre un État souverain… mais contre Washington par procuration.