« Mozart de la politique » ? Rien que ça.
On parle bien de Vladimir Poutine, ancien officier du KGB en poste à Dresde, pas exactement au sommet de la hiérarchie soviétique, dont la carrière s’est déroulée loin des centres stratégiques majeurs de Moscou. Un cadre intermédiaire des services, pas un architecte du système.
Son accession au pouvoir tient surtout à une fenêtre d’opportunité ouverte dans le chaos de la fin des années 1990, à l’entourage de Boris Eltsine, plus qu’à une démonstration de virtuosité géopolitique digne d’un génie musical.
Quant à la métaphore du judo, elle est régulièrement entretenue par sa communication personnelle — oui, il pratique le judo. Mais si l’on applique vraiment l’image, quatre ans d’« opération spéciale » pour obtenir des gains territoriaux limités, au prix de pertes humaines massives et d’un isolement stratégique durable, cela ressemble moins à un ippon magistral qu’à un combat d’usure où l’on encaisse énormément.
L’idée d’« user l’adversaire jusqu’au coup de grâce » est séduisante sur le plan narratif. Dans la réalité, cela fait des années que le fameux « coup de grâce » est annoncé. Et pendant ce temps, la guerre s’enlise, l’économie russe est militarisée, et l’Ukraine continue d’exister — ce qui, si l’objectif était la disparition politique du pays, constitue déjà un échec stratégique majeur.
Ce qui frappe surtout, ce n’est pas un génie créatif comparable à Mozart. C’est au contraire une imagination politique très ancrée dans le passé : restauration d’une sphère d’influence post-impériale, obsession de la continuité historique, volonté de corriger l’effondrement soviétique vécu comme une humiliation. Une vision nostalgique, pas une innovation stratégique révolutionnaire.
On peut admirer la mise en scène. On peut apprécier la métaphore martiale.
Mais confondre endurance brutale et virtuosité politique, c’est peut-être là la plus grande erreur d’analyse.