@Eric F
Encore une observation très intéressante de
votre part, et en partie très juste, à condition de considérer le mouvement
dialectique réel de l’économie au tournant des années 70 :
L’essor de l’industrie n’avait en réalité
plus que trois années à vivre avant d’amorcer son déclin irréversible sous le
double effet de la crise pétrolière et du début de la mondialisation, ainsi que
de l’automatisation de la production.
Une situation que j’ai donc personnellement
vécu en tant qu’ouvrier de l’industrie automobile chez Simca-Chrysler.
Dialectique concrète, donc :
_ 1 _
Le pouvoir d’achat de l’ouvrier chez Sima-Chrysler était certainement l’un
des plus élevé, sinon probablement le plus élevé, considéré en masse salariale
relative, de l’industrie automobile de l’époque.
( Un
niveau plus élevé ne se trouvait, semble-t-il, que dans l’industrie aéronautique,
plus réduite en effectifs)
_ 2 _ Pas de chômage réel : le bureau d’embauche
chez Simca-Chrysler recrutait en permanence, absolument « non stop » :
salaires nettement plus élevés que la moyenne, mais conditions de travail
particulièrement épuisantes, vu les cadences et procédés techniques de production
>>> les « entrées » de personnel ne compensaient donc pas
les « sorties », en termes de main d’œuvre disons « endogène »,
c’est-à-dire globalement native du sol de France.
_ 3 _ D’où la stratégie de Simca-Chrysler d’« importer »
directement la main d’œuvre de leur filiale marocaine, avec contrat de travail,
accès au logement, transport vers l’entreprise et surtout, carte du « syndicat
maison » obligatoirement en poche ! Des contrats de travail tout à
fait formellement dans les règles mais à des « échelons » de
rémunération évidemment parmi les plus bas de la grille salariale alors en
fonction, soit donc un moyen de pression considérable à l’égard de la masse des
travailleurs « autochtones » qui entendaient conserver leur place et
leurs avantages sociaux acquis au détriment de leur vie personnelle par l’acceptation
des conditions initiales.
>>> D’où la formation d’une
situation absolue d’« apartheid à la française » avec deux « communautés »
en rivalité potentiellement violente : au restaurant d’entreprise les « tablées »
se formaient selon cette ligne de fracture, et idem dans les transports d’entreprise :
pas de sociabilité possible entre les deux « communautés ».
>>> Un « mur invisible »
qu’il était quasiment impossible de traverser : je le sais pour avoir
essayé…
Luniterre