@Gégène
Bonne question
!
Tout d’abord ; je voudrais préciser que je considère
les maths modernes comme un échec dans le primaire. Vouloir
apprendre à compter en base 5, 8 ou 12 est une perte de temps à ce
niveau, et jette un fumigène sur le réel apprentissage de la
numération. Ces maths modernes, imposées au primaire comme un
panacée, ont paniqué tout le monde : enseignant, parents et élèves,
et ont agi comme un immense repoussoir pour les mathématiques.
Est-ce mieux maintenant ? C’est à voir...
Les maths
modernes étaient cependant nécessaires dès l’entrée au lycée.
L’étude des structures algébriques permet d’unifier des pans
entiers des mathématiques, et d’initier l’élève à se placer
dans des espaces définis par une certaine axiomatique, puis à faire
fonctionner cette axiomatique pour engranger des résultats que l’on
n’aurait pas pu prévoir ni obtenir autrement.
L’élève apprend
à structurer ses connaissances et à raisonner comme on l’a
découvert avec les nombreuses découvertes en sciences au siècle
dernier. Les structures de groupe, d’anneaux et de corps , ainsi
que les espaces vectoriels, définis axiomatiquement, sont bien les
premiers pas vers les découvertes fondamentales en sciences
physiques effectuées au XXe siècle.
De pans entiers de
la physique nécessitent de se placer dans des espaces vectoriels, ou
plutôt des structures encore plus complexes qui seront étudiées à
l’université, comme les espaces hilbertiens, hermitiens et autres.
Ne pas faire ces premiers pas au lycée, c’est retarder
l’apprentissage de nos futurs scientifiques et les mettre en
difficulté devant les nouveaux formés qui viennent de Chine ou
d’ailleurs. Est-ce raisonnable ?
Voici des exemples
significatifs de l’utilisation de ces espaces en sciences
physiques.
Le cadre
mathématique fondamental de la relativité générale est celui
d’une variété différentielle lorentzienne, soit une variété
différentiable de dimension 4 munie d’une métrique
pseudo-riemannienne. C’est notre espace-temps courbe !
Celui de la
relativité restreinte est un espace de Minkowski, soit un espace
affine de dimension 4
muni d’une forme quadratique non définie
positive. On découvre ces espaces en licence ou master, mais bien
savoir déjà ce qu’est un espace affine, avec les axiomes d’un
tel espace, fait prendre 3 années d’avance au bachelier qui désire
continuer en fac de sciences ! Là, on se place dans une
géométrie pseudo-euclidienne, qui n’est pas un espace hilbertien.
Enfin, et ce sera
mon dernier exemple : celui de la mécanique quantique. Dans
cette théorie si étonnante et prometteuse, et qui a déjà fait ses
preuves, on travaille tout spécialement dans un espace de Hilbert
complexe séparable, généralement de dimension infinie lorsque le
système possède une infinité d’états possibles.
On pourrait
continuer comme ça bien longtemps.
Au lycée, on ne
devrait pas apprendre les sciences comme si l’on était restés au
XIXe siècle, avec la géométrie présentée par Euclide et la
thermodynamique pour comprendre comment faire fonctionner un cheval
de fer.