@Jean Keim
« Un jour, un peu plus éveillé que d’habitude, mieux éclairés peut-être, nous percevrons cette évidence que la guerre existe parce qu’à tous les niveaux de la société, nous y participons et, de ce fait, nous l’acceptons. »
Oui. Hélas, ce n’est pas faux. Au regard des conflits qui se multiplient, rien ne laisse présager un apaisement prochain. L’époque gronde ; l’avenir a des accents anxiogènes. « Les Enfants de la Résistance », film grand public mais fidèle à l’Histoire — qui raconte l’Occupation à hauteur d’enfant sans en occulter la part la plus sombre — pose une question simple et dérangeante : que faisons-nous du passé ? Le mettons-nous à distance, bien encadré (le film de Christophe Barratier, d’ailleurs, s’attarde à un moment donné sur un portrait officiel de Pétain, collabo proprement et fièrement encadré, telle une évidence, sur la cimaise d’un lieu public : une salle de classe d’un petit village français), ou acceptons-nous qu’il nous regarde en face ?
Lorsque les adultes s’installent dans une forme de lassitude, presque blasés, il reste à espérer qu’une jeunesse plus lucide prenne le relais : qu’elle bouscule les évidences, refuse les scénarios trop binaires — les Bons ici, les Méchants là — et résiste à la tentation de considérer le fracas des armes comme une fatalité.
Car la guerre n’est pas qu’un drame moral ou historique. Elle est aussi, trop souvent, et on le sait bien, une entreprise économique. Cela mérite, au minimum, qu’on ouvre les yeux. S’éveiller ne suffit pas. Encore faut-il ne pas se rendormir.