Intervieww à relire quand il s’agira de faire dignement notre devoir de
citoyen devant une urne tant qu’il sera encore temps. La lecture entière vaut
le détour.
Face à LFI : le règne des interrogatoires par Pauline
Perrenot, mardi 3 mars 2026
https://www.acrimed.org/Face-a-LFI-le-regne-des-interrogatoires
1/4 Un
journalisme policier
« Le
17 février, trois jours après l’annonce officielle de la mort de Quentin
Deranque, c’est face à Manuel Bompard que la première matinale de France et ses
duettistes, Florence Paracuellos et Benjamin Duhamel, ont donné le conducteur
de la cabale qui sera entretenue durant plus d’une semaine, tout en dessinant
la posture inquisitrice avec laquelle les hauts gradés du journalisme
entendaient la mener : 1/ pointer la « responsabilité politique » de La France insoumise, selon la
formule de Benjamin Duhamel ; 2/ polariser les entretiens autour de
l’implication de membres de la Jeune Garde (dissoute) avant de stigmatiser LFI
pour ses liens avec le collectif antifasciste et avec Raphaël Arnault en
particulier, son ancien porte-parole, devenu député LFI en juin 2024, dont il
n’est sans doute pas inutile de rappeler qu’il n’est nullement visé par
l’enquête pénale à l’heure où nous publions cet article ; 3/ disserter sur
la « violence » de LFI – « La brutalisation du débat public, ça vous parle pas ? »,
lance par exemple Florence Paracuellos de façon très originale ; 4/
élargir le « débat » sur la « menace d’ultra-gauche violente en France », dans les termes
d’une « question » de Benjamin Duhamel. »
« Ce
matin-là donc, sur France Inter, près des trois quarts de l’entretien ont porté
sur les événements de Lyon et ses suites politiciennes. L’entrée en matière de
Florence Paracuellos donne le ton : « Est-ce que vous pouvez nous
dire ce matin si oui ou non, [l’assistant parlementaire du député Raphaël
Arnault] était présent sur les lieux de l’agression ? » Manuel
Bompard déclare qu’il n’est pas en mesure d’apporter une telle information,
laquelle fait précisément l’objet d’une vaste enquête policière et judiciaire
en cours : les intervieweurs auraient donc pu en rester là ; du moins
s’il avait été question de journalisme. Mais ils avaient délibérément choisi de
se substituer aux policiers chargés de l’investigation : ainsi Benjamin
Duhamel reposera-t-il trois fois cette même question. Sous couvert de vouloir
obtenir un aperçu « précis » et « clinique »
des événements, cette obstination – dont le journaliste sait pertinemment
qu’elle ne débouchera sur rien – ne vise qu’à créer un climat oppressant… et à
délégitimer l’interviewé : « Vous êtes à la tête d’un mouvement,
La France insoumise, […] et vous n’êtes pas en capacité ce matin de nous dire
si oui ou non un assistant parlementaire qui est donc un militant de La France insoumise
était ou non sur les lieux de l’agression de ce jeune militant ?! »
Et encore : « Juste pour bien clouter, si vous le permettez, vous
n’êtes pas capable de nous dire ce matin si oui ou non l’assistant
parlementaire de Raphaël Arnault était présent au moment où ce jeune militant a
été agressé ? » Journaliste, ou policier ? »
Un journalisme de meute
« Comment
qualifier autrement l’interview de Manuel Bompard dans la matinale de
Franceinfo le 19 février ? Les deux éditocrates en chef, Agathe Lambret et
Paul Larrouturou – ayant tous deux fourbi leurs armes en tant que journalistes
politiques à l’antenne de télévisions commerciales [2]
– ont tricoté l’affaire de Lyon jusqu’à plus soif : non seulement le sujet
a occupé les huit dixièmes de « l’entretien » [3], mais cet agenda s’est
doublé d’une problématique à charge, focalisée prioritairement, pour ne pas
dire exclusivement, sur le triptyque LFI – la Jeune Garde – Raphaël Arnault.
L’interrogatoire s’est ainsi articulé autour de trois interpellations rabâchées
en boucle : sommer LFI de « rompre les liens » avec le collectif
antifasciste ; sommer LFI de renoncer à contester sa dissolution (qui fait
actuellement l’objet d’un recours devant le conseil d’État) ; sommer LFI
de punir Raphaël Arnault et donc, symboliquement, lui réclamer sa tête.
La
transcription de cette interview matinale ne rendrait pas justice à son
climat : au-delà des « questions-injonctions » en elles-mêmes,
tout dans l’expression des journalistes transpire le dédain le plus absolu.
Depuis leur langage corporel jusqu’au ton arrogant de la parole, en passant par
la formulation de leur « bon droit » de « bon »
intervieweur [4]
– « Manuel Bompard ! Excusez-moi… si je peux dire quelque
chose ! » ; « Non mais pardon, mais si je peux quand
même poser des questions ! » –, laquelle dissimule assez mal un
bilan accablant en termes d’interruptions : 64 en à peine vingt minutes,
c’est-à-dire une fois toutes les dix-huit secondes en moyenne. Sélection (non
exhaustive) en vidéo.