3/4 Un journalisme inquisiteur
Autre cas « BFM TV », où était invitée, le 22
février, la présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale . Comme ailleurs,
30 minutes sur 42 ont porté sur l’affaire de Lyon. Comme ailleurs, alors que de
l’aveu du présentateur L. Audebert lui-même, « aujourd’hui, à ce stade
de l’enquête, pénalement, il n’y a rien contre lui », le cas Raphaël
Arnault a déchaîné la meute : les journalistes ont cité son nom pas moins
de 16 fois sur une tranche de 15 minutes.
Exemple
avec Amandine Atalaya :
Amandine Atalaya : Donc pour vous, il n’y a pas de
responsabilité de la part de ce député de La France insoumise dans le choix de
ses collaborateurs pour commencer ? Il n’y a pas de responsabilité morale
et politique ? […] Il n’y a pas de responsabilité ? Il n’y a pas de
responsabilité politique et morale ? [L. Audebert : Mathilde
Panot, Mathilde Panot. On vous pose une question très directe, s’il vous plaît,
répondons à ça s’il vous plaît. Allons-y.] Sur la responsabilité politique
et morale de Raphaël Arnault.
La
réponse ne convenant (toujours) pas aux journalistes, le présentateur
insiste : « Amandine vous pose une question plus précise !
Elle vous parle de la responsabilité morale. » Mathilde Panot
tente-t-elle de s’extirper de la nasse policière et d’amorcer un développement
politique sur les violences de l’extrême droite ? Elle est interrompue
quasi immédiatement… et ramenée au point 0 :
A. Atalaya : Mais pour poursuivre, Mathilde Panot, sur Raphaël
Arnault. Pour être très factuelle sur Raphaël Arnault, […] il n’y a pas une
responsabilité pour vous de l’employeur non plus ? C’est-à-dire ses
collaborateurs sont censés travailler à ses côtés à Paris. Pourquoi […]
étaient-ils à Lyon ce jour-là ? Était-ce sur leurs heures de travail, par
exemple ? […] Je parle de la responsabilité de l’employeur.
Rappelant
qu’elle n’est pas enquêtrice, exhortant les journalistes à respecter le cours
de l’investigation, la députée insoumise essaye-t-elle ensuite une critique de
l’instrumentalisation de cette affaire par le champ politique ?
- L. Audebert : C’est très important, votre parole
était attendue Mathilde Panot sur ce point : pas de démission de Raphaël
Arnault ?
- Mathilde Panot : Certainement pas.
- A. Atalaya : Ni de suspension du groupe de La
France insoumise ?
- M. Panot : Non, certainement pas.
- J. Pecnard : Et il sera réinvesti aux prochaines
élections législatives ?
- M. Panot : Mais écoutez… oui, enfin…
- L.Audebert : Oui ?! Il sera investi ?
- J. Pecnard : Il sera investi…
- L. Audebert : En 2027 s’il y a dissolution, après
l’élection présidentielle, il sera réinvesti ?!
- M. Panot : S’il le souhaite, oui.
- L. Audebert : S’il le souhaite… Et vous le
souhaitez, vous ?
Ces
morceaux choisis forment un volet à part entière de l’interview : 36
interruptions en 6 minutes, soit une fois toutes les 10 secondes. »
« Les
menaces de mort dont fait état Mathilde Panot n’encouragent chez eux aucune
relâche. Comme Agathe Lambret sur Franceinfo, la journaliste de BFM-TV lit au
débotté des extraits du décret de dissolution de la Jeune Garde, sans
contextualisation, dans le brouhaha le plus total, mais avec le soutien appuyé
de son confrère qui, en bon élève, allie le geste à la parole : « Il est là ce décret ! Je vais le montrer pour les personnes qui nous
regardent. Il est là. »
Et
ça continue : « Jean-Luc Mélenchon revendique aujourd’hui que la
Jeune Garde soit liée et alliée à la FI […], vous ne voyez pas le
problème ?! » ; « Êtes-vous toujours alliée et liée
comme le dit Jean-Luc Mélenchon à la Jeune Garde ? » ;
« Vous êtes contre sa dissolution ? » ; la question
sera posée 4 fois. Et comme pour toutes les autres, différents députés LFI y
avaient déjà répondu (mille fois) au cours de la semaine
coulée…...................................................................... ..........
« -
L. Audebert :
Mathilde Panot, vous êtes capable de regarder la caméra [Il regarde la
caméra.] et de dire aux parents de Quentin Deranque que c’est une bataille
de rue qui a mal tourné ? Est-ce que vous pouvez dire ça aux parents de
Quentin Deranque ?! […]
Sauf
que JLM ne l’avait pas dit. Le présentateur en conviendra en toute fin : alerté
dans l’oreillette, il consacrera une minute à « rétabli[r] les faits »,
mais aucun des 3 journalistes ne présentera la moindre excuse. »