L’opinion que vous exprimez est assez répandue, et vous avez tout
à fait raison de la faire valoir. Je vais néanmoins y apporter
quelques éclairages nouveaux.
Commençons par
Hobbes avec « l’homme est un loup pour l’homme ». Sortons
du domaine des croyances pour nous interroger sur ce que les
connaissances scientifiques présentes nous permettent de dire au
sujet de cette phrase. Partons de l’évolution. Dans sa définition
actuelle, la compétition, avec la violence qu’elle peut induire,
est vue comme un moteur fonctionnant conjointement à une autre force
tout aussi importante qui est la collaboration. Cette vision est bien
différente de celle que voudrait imposer un darwinisme social qui ne
retient que le « lutter pour survivre ». À plusieurs points de
vue, un être humain n’est avant tout qu’un extraordinaire
exemple de synergie. Notre corps, d’abord, qui est une gigantesque
association de cellules indépendantes et autres bactéries
intestinales qui se lient pour former un tout autonome. La société
où nous vivons, ensuite, qui, elle aussi, repose principalement sur
la coopération. Le groupe nous apporte bien plus que ce que nous
pourrions espérer seuls.
Si nous passons
maintenant à l’éthologie de la famille des grands singes à
laquelle nous appartenons. Les scientifiques du domaine nous disent
en substance que, là encore, compétition et collaboration ne
s’opposent pas, mais s’entremêlent pour constituer un système
communautaire dynamique et adaptatif. Enfin, pour ce qui est de nous,
les éthologues, les anthropologues et les sciences sociales nous
indiquent que les études montrent que l’humain est l’espèce la
plus coopérative du monde vivant. Ici aussi, rivalité et entraide
ne s’affrontent pas, mais s’articulent une fois de plus de
manière complémentaire. De tout cela il ressort clairement que la
vision de Hobbes ne reflète qu’une facette très partielle de la
nature humaine. Alors, si dans certaines circonstances l’homme est
effectivement un loup pour lui-même, ce n’est absolument pas ce
qui le caractérise dans sa globalité.
Venons-en maintenant
à cette autre phrase remontant à l’Empire romain « si tu veux
la paix, prépare la guerre ». Si l’on observe bien ce que nous
montre l’histoire, nous constatons vite que cette stratégie
réussit autant qu’elle échoue. Les exemples vont dans les deux
sens. En gros, des fois ça marche, des fois ça foire… La
préparation au combat n’est donc pas une panacée infaillible pour
éviter l’affrontement. Cette préconisation des Romains ne reflète
encore qu’une réalité partielle. Une préparation militaire seule
sans diplomatie ni coopération internationale n’est en rien
garante d’une paix durable.
Enfin, il ne faut
pas confondre pacifisme et passivité. L’idée est cette fois
qu’une attitude non violente ou désarmée peut être perçue comme
une faiblesse. Des agresseurs pourraient chercher à exploiter cette
vulnérabilité. Mais le pacifisme peut être actif et structuré
avec, par exemple, la résistance civile et le développement social.
J’en viens
maintenant au point central. Si, de par notre éthologie, il existe
bien une nature humaine, la différence colossale qu’il peut y
avoir entre nous et les autres animaux, c’est que nous avons le
pouvoir de la contourner ! Alors, non seulement, comme nous
l’avons vu, la guerre n’est pas l’élément premier de notre
« nature », et nous pourrions tout à fait décider de nous en
séparer définitivement.
Prétendre le
contraire, revient à revendiquer de n’être pas davantage que la
vache qui regarde passer les trains en attendant l’abattoir qu’elle
ignore… A cela se limite sa nature.
Et tout est là. Il
est précisément question de réarmer les esprits en vue de
combattre toutes les idées reçues qui poussent à l’immobilisme
face à une problématique comme celle de la guerre, voire permettent
l’installation d’un climat pouvant la favoriser.
Nous sommes
responsables de l’univers que nous engendrons, la guerre n’est
pas un tsunami, elle n’a rien d’inéluctable. Certaines phrases
toutes faites ne sont là que pour nous dédouaner de cette
responsabilité. On n’y peut rien, c’est dans notre nature…
Mais, non, LE monde
n’est pas ainsi fait, nous tolérons que NOTRE monde soit tel.
Et au bout du
compte, les déterminismes, nos parcours ou les circonstances
pourront rendre difficile la prise en compte d’un tel constat. Nul
ne peut donc être critiqué pour en rester à des positions plus
communes. Mais là aussi nous constatons alors, hélas, tout un
verbiage qui nous pousse sans cesse à reproduire les erreurs de nos
pères.