« L’histoire du capitalisme est celle d’une évolution des sources et des bénéficiaires du profit » rappelle Marlène Benquet.
Oui et non... En réalité c’est plutôt là l’histoire économique de l’humanité sur la durée, dont l’histoire du capitalisme n’est jamais qu’une partie infime, même si la plus récente et la plus spectaculaire, et en partie encore en cours...
En partie seulement, selon la définition du capitalisme « fordiste » qu’elle cite elle-même, et qui est en réalité la seule véritable définition du capitalisme industriel, depuis celle de Marx, et évidemment tout à fait complémentaire, dans son essence, si l’on peut dire, et quoi que l’on en pense par ailleurs en termes d’évolutions et/ou d’alternatives possibles.
Ce qu’elle nous décrit ensuite, selon le résumé qui nous en est présenté ici, est donc un système essentiellement spéculatif, et non pas productiviste dans son essence.
Il reste « consumériste » dans son apparence et dans son fonctionnement immédiatement perceptible, mais il est fondamentalement spéculatif selon la définition qu’elle en donne elle-même.
»Bref, saura-t-on « se décapitaliser » à temps alors que la désintermédiation de l’humain a dépassé son seuil critique dans son monde-machine ?"
Ici, ce n’est pas une citation extraite de l’ouvrage qui nous est présenté par l’article, mais de cette présentation elle-même. Elle indique néanmoins assez bien l’impasse actuelle de l’évolution du système, qui n’est donc plus « capitaliste » au sens premier du terme, et c’est à la fois ce qui semble être l’impasse du livre et de sa critique possible.
La problématique d’une classe sociale dominante n’étant pas de préserver un système économique particulier, et quel qu’il soit, mais de préserver sa domination de classe.
Et donc de faire évoluer le système, le cas échéant, d’abord en tant que système de contrôle des ressources, avant de le considérer en tant que système de profit financier stricto sensu, qui n’est jamais qu’un moyen de contrôle parmi d’autres.
La numérisation et l’automatisation-robotisation est certainement un moyen d’élimination du vivant, comme semblent l’indiquer à la fois l’auteure du livre et son critique, mais ce n’est donc effectivement pas ce qui arrêtera l’évolution mortifère de ce système, tant que l’ultra-minorité qui reste en « contrôle » du pouvoir continue de contrôler ce qui reste des ressources.
La phase « consumériste-financiarisée » n’est donc qu’une phase intermédiaire de l’évolution entre capitalisme « fordiste » et banco-centralisme dans sa phase « achevée » au sens d’un système au moins provisoirement « stabilisé », comme le capitalisme a pu sembler l’être au cours du XXème siècle, et encore aujourd’hui pour la plupart des gens, alors qu’il avait déjà nettement amorcé sa « mutation » vers tout à fait autre chose dès les années 70, comme souligné par cette analyse comme par bien d’autres.
Le sens de cette évolution vers le banco-centralisme nous est pourtant désormais assez clairement donné par une analyse attentive des deux crises de 2007-2008 et 2020-2021.
Les guerres actuelles, à défaut d’alternative, et précisément pour « réactionnaires » qu’elles soient, n’étant qu’un sursaut malgré tout « rebelle » de l’ancien monde, qui pense avoir encore un espace de survie possible, et qui l’a encore réellement, du reste, à l’échelle du continent euro-asiatique et même du sud global, s’il parvient à une forme de solidarité économique efficace.
Pour l’instant c’est là que se trouve un frein à la banco-centralisation généralisée du système, mais un frein seulement, et non pas une « alternative » durable au sens réel du terme, qui reste à inventer.
Un pis-aller, néanmoins, qui nous ouvre encore un espace de survie, et dont nous pouvons faire également un espace de réflexion pour une réorganisation positive du monde, si nous sommes encore capables de saisir l’évolution, actuellement de plus en plus tragique, de ce XXIème siècle.
Luniterre