@Parrhesia
On pourrait répondre que le problème, ici, n’est pas tant de regretter un passé idéalisé que de comprendre le présent réel.
Car enfin, expliquer les crises actuelles par la seule disparition de la « France-Afrique gaulliste », c’est un peu comme croire qu’on est passé d’un monde stable au chaos du jour au lendemain, sans acteurs locaux, sans dynamiques internes, sans transformations globales. C’est oublier commodément que ce système reposait lui-même sur des équilibres fragiles, des dépendances fortes et des arrangements qui ont largement contribué aux blocages actuels.
En réalité, ce type de raisonnement donne surtout l’impression d’un passage de Charybde en Scylla… mais mal compris. On ne voit ni Charybde, ni Scylla, seulement un regard figé qui refuse d’admettre que le monde a changé. Les États africains ne sont plus des terrains passifs, les puissances extérieures ne jouent plus les mêmes partitions, et les sociétés locales ont leurs propres dynamiques, parfois contradictoires, souvent décisives.
Quant à invoquer un « complot mondialiste », cela permet surtout d’éviter de poser les vraies questions : pourquoi certaines élites locales ont échoué, pourquoi les États restent fragiles, pourquoi les solutions sécuritaires seules ne fonctionnent pas. C’est plus confortable, mais nettement moins éclairant.
En somme, ce n’est pas tant le monde qui est devenu incompréhensible, que certaines grilles de lecture qui ne fonctionnent plus.