1/2 « Si
l’on prend comme référence l’année de naissance de notre régime politique, la
Ve République,, la France a connu d’importantes mutations sociologiques,
économiques et même anthropologiques. C’est d’abord ce simple constat que
recouvre le concept de « nouvelle France ». Il s’agit aussi d’un ensemble de
groupes sociaux émergents, en pleine dynamique et particulièrement visés par le
système économique et politique. Cette position fait d’eux la base possible
pour la constitution d’un bloc de rupture capable de répondre aux aspirations
de la « nouvelle France » dans son ensemble.
1 – La nouvelle condition humaine féminine
a – Une
révolution des droits civiques
En 1958, les
femmes n’ont arraché le droit de vote que depuis 13 ans. Depuis 1958, le nombre
de nouveautés qui se sont accumulées, à force de luttes, concernant les droits
des femmes est comparable à une
révolution de libération nationale qui aurait eu lieu à
l’intérieur de notre pays et pour la moitié de la population.
- Le droit d’ouvrir un compte
bancaire sans autorisation pour les femmes est gagné en 1965
- La contraception est autorisée
en 1967
- L’autorité parentale conjointe
est reconnue en 1970
- Le principe de l’égalité
salariale est voté en 1972
- L’avortement est légalisé en
1975
- Le divorce par consentement
mutuel est reconnu en 1975
- Le viol conjugal est reconnu
comme un crime en 1990
b – Une
condition toujours subalterne pour le capital
Cette
révolution civique s’est accompagnée d’une plus grande présence visible des
femmes dans de nombreuses sphères de la vie sociale (vie professionnelle, vie
politique, vie culturelle), d’un changement des mentalités mais pas d’une égalité sociale.
=> Dans
le monde du travail, les femmes gagnent en moyenne 23 % de moins que leurs
collègues masculins. 80% des salariés à temps partiel sont des femmes. Les ⅔
des salariés au SMIC sont des femmes. La
précarisation et la smicardisation du monde du travail, deux
caractéristiques du néolibéralisme ne se sont pas appliquées d’une manière
neutre selon le genre.
=> Les
femmes sont en première ligne de la
crise de la reproduction sociale (cf argumentaire du 9 mars 2026), autre
caractéristique essentielle du capitalisme contemporain. Celui-ci tente de
rétablir ou de maintenir le travail gratuit de reproduction assuré
traditionnellement par les femmes malgré leur entrée massive dans le monde du
travail, au moyen du sous-investissement des secteurs du soin, des doubles
journées de travail féminines, etc.
2 – La France brassée par la créolisation
a – Une
nouvelle France fille des migrations
=> Les
plus grosses vagues de migrations sont des migrations internes. 56 % des jeunes quittent aujourd’hui leur
département de naissance. Seul 1 sur 3 revient y vivre dans sa vie.
=> En 1958,
1 français sur 10 avait un grand parent étranger au moins. Aujourd’hui, c’est 1
français sur 4. En fait, 1 français sur
3 est soit un immigré soit un descendant d’immigré.
=> Ce
fait démographique a une conséquence
culturelle : la créolisation. De nombreux domaines culturels comme la
langue, les arts, la cuisine et la mode adoptent, transforment, ethybrident des
influences d’origine étrangères. Le progrès du bilinguisme constitue un fait
marquant.. En 1958, le fait de savoir parler une langue en plus du français
concernait 5 à 10 % des français. Cette proportion se monte aujourd’hui à 25 à
30 %.
b – Un
racisme pour maintenir des hiérarchies malgré la créolisation
Le racisme
est un système de domination : il transforme une société multiculturelle en
occasion de justifier des hiérarchies sociales, d’imposer une discipline et de
faire accepter des formes d’exploitation redoublées.
=> 9400
crimes et délits racistes ont été recensés en 2024, en hausse de 11 %. Mais on
estime que 4 % des victimes portent plainte : le vrai chiffre serait donc de 235 000 crimes et délits racistes par an.
=>
Récemment, une étude a montré qu’une agence immobilière sur deux acceptait de
sélectionner les candidats à la location sur la base de la couleur de peau. 53
% des descendants d’immigrés en France disent subir des discriminations au
travail. 26 % disent subir des discriminations dans leur rapport aux services
publics. 20 % disent subir des discriminations dans les transports.