Que chacun de bonne volonté lise ces deux textes pour savoir de quoi nous parlons et pouvoir y réfléchir tranquillement. C’est un bon moyen d’éviter les malentendus entretenus et les polémiques stériles qui lassent tout le monde.
1→ Créolisation : Dernière page de « Vers la révolution citoyenne » Chez R Laffont 2023 par JL Mélenchon.
« La créolisation se distingue du métissage dans la mesure où elle ne comporte pas obligatoirement d’aspect biologique .Il s’agit d’un phénomène purement culturel. Au delà des Antilles où le concept est né et a été formalisé sous la plume du poète philosophe Edouard Glissant, nous en voyons d’autres preuves et traces. Ainsi dans toutes les langues quand elles s’adjoignent des mots empruntés à l’une ou l’autre. Mais tout autant à propos de musiques et de rythmes. Et cela s’observe aussi dans le registre plus intime des goûts. En cuisine ou bien en vêture, la créolisation est la preuve de l’universalité humaine puisqu’elle la réalise concrètement. Du point de vue politique elle est le chaînon manquant entre l’universalisme désiré et la revendication de droit à la différence. Ce n’est pas un entre-deux mais une voie de passage. La créolisation majoritaire de nos jours s’opère par les modes d’emploi des objets, les musiques et les séries télévisées. Toute chose permettant d’opérer une symbiose des comportements et des normes de ceux-ci. La créolisation invalide le racisme. Aucune distance ne sera assez grande entre les êtres humains pour les empêcher de produire quelque-chose de commun et de neuf ensemble. La créolisation dépasse concrètement le concept étriqué de l’exigence d’ « intégration » dans un moule fantasmé préalable, pour former la communauté humaine dans chaque pays. La créolisation est inclusive. Certes elle se réalise à coup sûr à partir de la culture dominante d’une époque et d’un lieu. Mais elle n’est pas pour autant un nivellement. Elle fait jaillir de l’imprévu et de l’original. Et elle accueille et reformate tout ce qu’elle approche. Cette tendance est d’autant plus forte quand la pression du nombre augmente les échanges et multiple les connexions. Dès lors elle peut être considérée comme le nouvel âge en préparation d’une matrice commune. Ou bien encore comme la base d’une future culture cumulative. Du point de vue politique, la créolisation est l’horizon des mouvements de populations de l’ère des grands nombre au moment où les migrations sont amplifiées par le changement climatique. Et au moment où l’intensification des connexions dans la noosphère du cyberespace peut produire une culture commune de référence. Au moment où un système d’intelligence artificielle comme le français Bloom a prouvé sa capacité à « penser » à partir de 46 langues et à tirer des propositions « intelligentes ».Et enfin au moment où l’expansion humaine dans l’espace souligne l’existence d’une communauté humaine unique et commence à la transporter dans l’univers infini. La créolisation est l’avenir de l’humanité du très grand nombre.
Noosphère : Sphère des activités de l’être humain (nom donné à la culture cumulative par Vladimir Vernadsky proposé en 1930, père fondateur de l’écologie globale et inventeur aussi du concept de biosphère (cf chapitre 4 du même livre).