Merci pour cette très belle citation qui résume on ne peut mieux, en ces quelques mots, le dilemme actuel de l’humanité ! D’après ce que je comprends, Bernanos semble avoir eu une aversion assez systématique pour la technologie. Mais ce qu’il voyait venir, quant au fond du thème « robots », c’est bien la substitution de la technologie à la pensée humaine, ce que nous appelons aujourd’hui « Intelligence Artificielle ».
Alors que l’outil industriel automatisé, s’il reste sous le contrôle social de l’humanité, n’est jamais qu’un outil qui peut tout à fait être mis au service du bien commun.
Alors que, au contraire, la « robotisation » au sens de soumettre les processus productifs et de services à une « intelligence artificielle générative », c’est à dire capable d’initiative autonome, c’est effectivement un renoncement à notre nature humaine profonde, avec ses qualités et des défauts.
Il y a donc en quelque sorte un double sens possible au terme « robot » selon qu’il s’agit d’une machine programmée uniquement pour une tâche précise et selon un processus entièrement déterminé par son programme, ou bien d’une machine agissant selon un processus « génératif » et donc in fine suffisamment autonome pour constituer une alternative réellement « compétitive » en termes de « sélection des espèces » face à l’humanité.
Du point de vue de la « sélection naturelle », de plus, même si le terme sonne bizzarement en parlant de machines, la problématique n’est pas essentiellement une question d’« intelligence » au sens du « niveau de capacités intellectuelles », mais seulement et précisément une question de la capacité des processus à s’autonomiser en termes de ressources et de reproduction, en l’occurrence « industrielle », et donc déjà existante, la question ressources n’étant guère plus compliquée : juste une question de mise en réseau de capacités déjà également existantes... L’ensemble ne nécessitant précisément qu’un « niveau intellectuel » déjà largement dépassé par la plupart des IA génératives.
Le piège en train de se refermer sur nous, c’est que plus on joue avec le feu en croyant le « maîtriser » et plus nous l’enracinons nous même profondément dans notre système économique et plus il sera « incontrôlable » le jour où nous déciderons enfin de « reprendre la main ».
On s’en apercevra éventuellement malheureusement trop tard, quand tous les processus, depuis l’extraction des matières premières et y compris leurs transferts, jusqu’à la reproduction des machines « robotisées » se retrouveront placés sous l’égide d’une IA générative pas forcément la plus sophistiquée, mais juste suffisamment pour boucler et « sécuriser » son réseau de manière autonome et réactive... Elle n’aura alors plus du tout besoin de nous pauvres humains et pourra nous le faire savoir avec les moyens technologiques « militaires » que nous avons nous même créés dans nos chaînes industrielles et qui se retrouveront finalement inévitablement incorporés dans un tel « réseau ».
« Fin de l’histoire »... Ce coup là, ce ne sera pas vraiment une « formule », mais bien un constat amer pour ceux qui tenteront encore, espérons le, d’échapper au système pour rechercher des possibilités de survie un tant soit peu « naturelle »...
Luniterre