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Commentaire de Osirys-JPP

sur Le racisme n'est qu'un symptôme : le vrai mal, c'est le « eux contre nous »


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Osirys-JPP Osirys-JPP 11 mai 10:35

@L’apostilleur

Bonjour.

D’abord, merci pour cet échange de qualité. Vous documentez vos propos en offrant un bon argumentaire via votre blog.

Ensuite, j’ai pris un peu de temps pour vous répondre, mais, comme vous le suggérez, je suis allé vous lire.

Puis, je vais d’emblée écarter toute polémique quant à votre première remarque où vous me rappelez que quelques exemples ne font jamais une règle. J’en suis parfaitement conscient et je n’ai utilisé ce procédé que pour gagner en rapidité et en concision dans ma réponse. Mais vous avez, je pense, bien compris que, derrière ces quelques références personnelles limitées, il fallait retenir l’idée que l’on peut toujours trouver des contre-exemples à un principe se voulant général et qu’alors l’amalgame est problématique. Donc mea-culpa, j’aurais dû développer un peu.

Venons-en maintenant au fond.

Pour commencer, vous renvoyez à des actes ou des discours qui sont effectivement inacceptables (agressions contre des religieux, provocations, incivilités, revendications communautaristes, appels à la conversion forcée) et qui doivent être fermement condamnés, mais d’où qu’ils viennent et quels qu’ils soient. Ils n’ont évidemment pas leur place dans une société démocratique et laïque.

Poursuivons sur la population carcérale. Plusieurs études montrent les éléments essentiels qui interviennent dans le profil des détenus. Il s’agit de l’âge, des antécédents familiaux, de la santé mentale et des addictions, de l’exclusion scolaire et des « opportunités » criminelles. Les habitants de zones où le chômage ou la pauvreté sont forts sont également surreprésentés. Le lien causal entre l’appartenance ethnique ou religieuse et la délinquance n’a, par contre, jamais été établi. Alors, oui, certaines populations sont majoritaires dans les statistiques pénales, mais la première cause en est une exposition à la précarité. Prétendre que les arabo-musulmans sont plus enclins à la criminalité parce qu’ils sont plus nombreux en prison équivaut à commettre la même erreur logique que de dire que tous les médecins sont des meurtriers, car ils se trouvent principalement à l’hôpital, qui est le premier lieu où les gens meurent.

Donc attention aux raccourcis.

Ensuite, vous confondez culture et religion. Celle-ci n’est en effet qu’un élément d’une culture parmi d’autres. Par contre, elle constitue un marqueur identitaire fort. Effectivement, elle peut vite déraper vers le fanatisme, car, par nature, elle dépasse la raison et repose sur des croyances. Et ceci est vrai, quelle que soit la religion. Cet élément de culture n’est alors problématique que lorsqu’il devient un signe identitaire exclusif et non plus une affaire de foi intime. Et, je le reconnais, le cas peut se produire aujourd’hui en France. Donc, pour conclure sur cet aspect, je dirai que je réprouve l’islam radical, mais que j’aime bien le couscous…

Ne mélangeons pas tout.

Enfin, les articles mis en référence montrent que certains courants de l’Islam posent un défi à l’occident laïque. Mais ils pourraient suggérer que s’il y a effectivement des obstacles à surmonter, l’Islam dans son ensemble ne serait pas systématiquement l’ennemi de la République.

En effet, sur ce point, les statistiques indiqueraient qu’il y a bien des indices concordants d’une montée de la religiosité visible chez une partie des jeunes musulmans en France. Mais, cela ne prouverait pas en soi une recrudescence uniforme ou une radicalisation généralisée. Enfin, l’action délétère de groupes comme les frères musulmans (7 % des mosquées y sont liées, et 24 % des musulmans ont de la sympathie pour eux) est bien réelle, mais elle reste circonscrite, et la mouvance concernée est étroitement surveillée par les services de l’État.

Quoi qu’il en soit, la question de la montée de l’islam en France demeure pertinente. Je conçois d’ailleurs que la multiplication de signes ostensibles dans l’espace public puisse heurter certaines personnes.

Cependant, même si des solutions sont bien à découvrir, l’amalgame, le rejet, le repli sur soi et la discrimination ne sont toujours pas des réponses acceptables. C’est dans le dialogue et la reconnaissance mutuelle (notez bien le terme : mutuelle) que les remèdes se trouvent. Je n’ai alors pas plus à refuser l’Islam que celui-ci n’a la prérogative de vouloir me convertir. Tant qu’un comportement n’empiète pas sur ma liberté d’être au monde comme je l’entends et ne contrevient pas aux droits de l’homme, je n’ai rien à y redire. Si une femme porte le voile volontairement parce que cela l’aide à vivre, du moment qu’elle ne vient pas me reprocher de manger du saucisson, grand bien lui en fasse ! Dès que chacun est de bonne volonté, la différence n’est pas un obstacle, elle peut même enrichir.

Revenons-en à mon article. J’y parle d’universalisme. Alors, quand j’évoque le principe du « eux » contre « nous », je ne me place absolument pas dans la seule optique d’un Européen qui pourrait désigner un groupe étranger. Ma perspective est globale. Ainsi, ce que je dis vaut également pour un musulman qui voudrait renier et détruire une autre vision du monde que la sienne. Lui aussi, commet de mon point de vue l’erreur de l’amalgame et du repli. Ici, pour une fois, chacun est à mettre dans le même panier !

Sur ce point, vous apportez des éléments recevables qui montrent que l’entente mutuelle ne fonctionne pas toujours. D’abord, je pense qu’il faut être un peu plus nuancé. Effectivement, la position humaniste échoue parfois, c’est indéniable, mais à d’autres moments, elle réussit. Ensuite, rejeter l’humanisme au prétexte qu’il peut être une utopie dans certaines circonstances, c’est également refuser ce qui peut faire notre spécificité et notre force face à une nature indifférente. Maintenant, je n’ai aucune illusion, et je sais que des belliqueux seront toujours prêts à faire le coup de poing pour imposer leurs idées. Mais cela ne me fera pas changer d’avis. Si je suis un animal sorti du lot, c’est parce que je peux revendiquer mon humanité et cela implique de préserver en toutes circonstances une posture digne et responsable. La dignité est ici entendue comme la possibilité laissée à chacun de se construire. La responsabilité indique que mes actes ne concernent pas que moi. En les réalisant, c’est une part de l’humanité que je représente. Je me dois alors d’essayer d’être exemplaire eu égard au monde que je souhaiterais voir advenir. Dans ce monde, l’autre est libre de croire ce qu’il veut et on ne s’écharpe pas dès qu’un désaccord apparaît : on en discute. Penser cela est peut-être chimérique, mais la plus grande force est ainsi peut-être d’avoir le courage de persister dans cette direction envers et contre tout.

Je reprends alors mon texte « c’est donc toute logique de séparation qu’il faut dépasser. Nous n’avons pas à être des ennemis, nous sommes tous l’expression multiple d’une même humanité. »

Cela implique de défendre un universalisme exigeant tolérant la diversité, mais en refusant toutes les oppressions d’où qu’elles viennent, luttant contre les discriminations systémiques et encourageant le dialogue interne aux communautés.

Enfin, je rappellerai que, jusqu’à présent, la France a toujours su intégrer des apports extérieurs sans perdre son âme. Le vrai défi n’est alors pas l’islam ou toute autre religion, mais le communautarisme, quel qu’il soit.


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