@ Emile
Si on considère les choses d’un point de vue technique et qu’on compare les grandes « églises » éduennes avec les autres grandes constructions de référence de l’époque, à savoir les basilique de Constantin notamment à Trèves et surtout à Rome, on ne peut pas faire l’impasse sur Tournus.
L’église abbatiale de Tournus apparaît comme une fusion entre l’église de Mont-Saint-Vincent et la basilique de Rome. Voûte appareillée chez les éduennes contre voûte concrète (énormément de mortier et de petit appareil) chez la romaine. Architecture en berceaux transversaux chez les trois. Proportions de Tournus identiques à celles de Rome.
Si on ajoute à cela la tradition de la vision de Constantin à Sainte-Croix en Bresse, l’abbatiale de Tournus a de sérieux arguments à faire valoir pour le titre de « plus beau temple de l’univers » dans le discours d’Eumène. Contrairement à vous, je pense qu’il faut faire débuter l’art roman précisément à cette époque. Mont-Saint-Vincent dédiée à Hercules étant probablement l’oeuvre des Empereurs Gaulois. Hercules est particulièrement présent dans le monnayage de Postumus mais absent dans les chapiteaux de Chalon.
Il est même possible que le chantier de Tournus ait été lancé par les Empereurs Gaulois et achevé une fois la paix revenue. Il y a un temple dédiée à la Providence sur une monnaie de Postumus qui lui correspond peut-être. On dirait une vue en coupe de la nef. Il faut imaginer la nouveauté que ce bâtiment apportait posé sur la route menant de Lyon aux Limes à l’embranchement de la route de Bibracte / Mont-Saint-Vincent.
https://www.cgb.fr/postume-antoninien-sup,v38_0996,a.html
A Chalon-sur-Saône, c’est bien un empereur qui est à l’origine de la cathédrale. Il n’était pas romain mais franc. Il s’agit de Charles-le-Chauve. Le chapiteau d’Abel et Caïn évoque le partage de l’Empire Carolingien. Charles le Chauve est le personnage qui suit le messie, synthèse entre Jésus et Louis le Pieux. Le chapiteau dit « de l’apparition à Marie-Madeleine » fait référence à celle de l’Empereur à un moine sept ans après sa mort.
Charles-le-Chauve à Chalon-sur-Saône, Girart de Roussillon à Vézelay, il ne manque que Boson de Provence à Autun pour compléter le tableau. Une véritable guerre de l’image s’est jouée à cette époque à coups de grandes constructions. A Autun, le diable sur le Colisée est Carloman de Bavière. La chouette monstrueuse représente Bernard de Gothie sans doute retranché à Mont-Saint-Vincent et peut-être adepte d’une survivance de l’arianisme ? Le Simon-Pierre délivré par l’ange est le Pape Jean VIII. Initié par Boson, le chantier d’Autun a dû être achevé par Richard le Justicier (ou plutôt le Maître de Justice ?). Le comte Gilbert y a fait ajouter le tympan.