Si on considère les choses d’un point de vue technique et qu’on compare les grandes « églises » éduennes avec les autres grandes constructions de référence de l’époque, à savoir les basilique de Constantin notamment à Trèves et surtout à Rome, on ne peut pas faire l’impasse sur Tournus.
L’église abbatiale de Tournus apparaît comme une fusion entre l’église de Mont-Saint-Vincent et la basilique de Rome. Voûte appareillée chez les éduennes contre voûte concrète (énormément de mortier et de petit appareil) chez la romaine. Architecture en berceaux transversaux chez les trois. Proportions de Tournus identiques à celles de Rome.
Si on ajoute à cela la tradition de la vision de Constantin à Sainte-Croix en Bresse, l’abbatiale de Tournus a de sérieux arguments à faire valoir pour le titre de « plus beau temple de l’univers » dans le discours d’Eumène. Contrairement à vous, je pense qu’il faut faire débuter l’art roman précisément à cette époque. Mont-Saint-Vincent dédiée à Hercules étant probablement l’oeuvre des Empereurs Gaulois. Hercules est particulièrement présent dans le monnayage de Postumus mais absent dans les chapiteaux de Chalon.
Il est même possible que le chantier de Tournus ait été lancé par les Empereurs Gaulois et achevé une fois la paix revenue. Il y a un temple dédiée à la Providence sur une monnaie de Postumus qui lui correspond peut-être. On dirait une vue en coupe de la nef. Il faut imaginer la nouveauté que ce bâtiment apportait posé sur la route menant de Lyon aux Limes à l’embranchement de la route de Bibracte / Mont-Saint-Vincent.
A Chalon-sur-Saône, c’est bien un empereur qui est à l’origine de la cathédrale. Il n’était pas romain mais franc. Il s’agit de Charles-le-Chauve. Le chapiteau d’Abel et Caïn évoque le partage de l’Empire Carolingien. Charles le Chauve est le personnage qui suit le messie, synthèse entre Jésus et Louis le Pieux. Le chapiteau dit « de l’apparition à Marie-Madeleine » fait référence à celle de l’Empereur à un moine sept ans après sa mort.
Charles-le-Chauve à Chalon-sur-Saône, Girart de Roussillon à Vézelay, il ne manque que Boson de Provence à Autun pour compléter le tableau. Une véritable guerre de l’image s’est jouée à cette époque à coups de grandes constructions. A Autun, le diable sur le Colisée est Carloman de Bavière. La chouette monstrueuse représente Bernard de Gothie sans doute retranché à Mont-Saint-Vincent et peut-être adepte d’une survivance de l’arianisme ? Le Simon-Pierre délivré par l’ange est le Pape Jean VIII. Initié par Boson, le chantier d’Autun a dû être achevé par Richard le Justicier (ou plutôt le Maître de Justice ?). Le comte Gilbert y a fait ajouter le tympan.
Retenir l’interprétation classique de « l’ascension d’Alexandre » pour le chapiteau du personnage élevé dans le ciel par deux griffons jouerait également en faveur de votre datation de la cathédrale de Chalon-sur-Saône à l’époque romaine. Si l’objet de ce chapiteau est la comparaison d’Alexandre le Grand avec un grand personnage de l’époque où il a été sculpté, cela conviendrait mieux à un empereur romain qu’à un roi franc.
Dès le XVIème, époque où la France encerclée par le Saint Empire Romain Germanique réaffirme son identité gauloise, survient un dilemme. Faut-il suivre la vision d’un Gabriello Simeoni, esprit brillant de son temps qui situe Gergovie sur le plateau désert au Nord de la Roche-Blanche ou un Honoré d’Urfé, homme de guerre lettré, qui narre le siège (fictif ? anachronique ?) de la citadelle forezienne de Marcilly-le-Chatel par les Burgondes ?
La carte de Simeoni comporte des orthographes plus qu’étonnantes à commencer par Overnia et Craist. Peut-on aller jusqu’à supposer qu’il s’agit en réalité d’un plan codé d’invasion de l’Auvergne du XVIème siècle ? Même question pour l’Astrée, ne s’agirait-il pas d’un récit des évènements contemporains à son auteur narré de manière allégorique à la mode antique ?
L’origine de la légende locale de la Mélusine forézienne n’aurait-elle pas un lien avec la citadelle toute proche de Couzan ? Celle-ci se dresse sur la « tête » d’un massif montagneux en forme de dragon qui n’est pas sans rappeler la Montagne de la Serre auvergnate. Saint-Georges-en-Couzan est là pour en attester. L’étude des textes et l’archéologie sont deux jambes qui vont plus loin si leur démarche est coordonnée.
Le personnage de droite, c’est bien Jean tel qu’il est traditionnellement représenté. Jésus, c’est l’esprit collectif qui anime les apôtres. Il est immortel.
Il n’est pas à exclure qu ’à Conques « IESUS NAZORENUS REX IUDEORUM » ait bien été gravé mais qui aurait pu le faire marteler sinon l’empereur Julien ?
Dans l’Evangile de Jean, Jésus ne symbolise-t-il pas le projet pensé par Jean-Baptiste et mis en route par Jean et André auxquels se rallient ensuite les autres apôtres ? Est-ce que plus généralement, il ne faut pas voir dans Jacques une diaspora israelite un peu perdue dans le nouveau monde romain ? Son frère Jean est la faction de cette diaspora ralliée à Jean-Baptiste.
Simon-Pierre, c’est la dynastie oniade (la famille de Juda de Gamala ?) qui n’a plus que le légalisme pour légitimer ses prétentions. Quand dès l’Evangile de Jean, il est question du Fils de l’Homme, ne faut-il pas comprendre que c’est dans la communauté dissidente d’André que sont placés tous les espoirs ?
L’Evangile de Marc donne une vision biaisée des évènements pour réparer le crime de lèse-majesté. Simon-Pierre y est le premier apôtre mentionné avant Jean et André pour donné l’illusion que le projet Jésus est son idée et suggère une réconciliation avec Jean-Baptiste l’Asmonéen qui n’a sans doute jamais eu lieu.