L’action de Paul n’a pas été si fulgurante et déterminante que vous le laissez entendre. C’est une thèse nietzschéenne, classique dans l’argumentaire anti-chrétien, plus polémique à la vérité (comme toujours) que vraiment fondée historiquement. De fait le christianisme s’est développé pendant deux siècles à peu près indépendamment de l’influence de Paul. Justin de Naplouse ne le cite jamais. Renan, dans son saint Paul, a bien résumé les choses :
« Même, à ne parler que de rôle extérieur, il s’en faut que Paul ait eu de son vivant l’importance que nous lui prêtons. Ses Églises ou ne furent pas très solides ou le renièrent. Les Églises de Macédoine et de Galatie, qui sont bien son œuvre propre, n’ont pas beaucoup d’importance au IIe et au IIIe siècle. Les Églises de Corinthe et d’Éphèse, qui ne lui appartenaient pas à un titre aussi exclusif, passent à ses ennemis ou ne se trouvent pas fondées assez canoniquement si elles ne l’ont été que par lui. Après sa disparition de la scène des luttes apostoliques, nous le verrons presque oublié. Sa mort fut probablement tenue par ses ennemis pour la mort d’un brouillon. Le IIe siècle parle à peine de lui, et semble par système chercher à effacer sa mémoire. Ses Épîtres alors sont peu lues et ne font autorité que pour un groupe assez réduit. Ses partisans eux-mêmes atténuent beaucoup ses prétentions. Il ne laisse pas de disciples célèbres ; Tite, Timothée, tant d’autres qui lui faisaient comme une cour, disparaissent sans éclat. »